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Licence 2 · Espaces euclidiens et produit scalaire
Produit scalaire, normes et inégalités
Produit scalaire, normes et inégalités
1. Définition axiomatique du produit scalaire
Soit un -espace vectoriel. Une application est un produit scalaire sur si elle vérifie :
1. Bilinéarité : pour tout et ,
2. Symétrie : pour tout .
3. Positivité : pour tout .
4. Définie (séparation) : .
Un espace vectoriel réel de dimension finie muni d'un produit scalaire est appelé espace euclidien.
Exemple fondamental — produit scalaire canonique sur : pour et ,
On vérifie immédiatement la bilinéarité (linéarité de la somme), la symétrie (), et , avec égalité si et seulement si chaque , donc .
2. Autres exemples de produits scalaires sur
Le produit scalaire canonique n'est pas le seul possible. Sur , on peut définir, pour et :
Cette forme correspond à où est symétrique. Elle est bilinéaire et symétrique par construction. Pour la positivité, on calcule , somme de deux carrés, nulle seulement si et , donc . C'est bien un produit scalaire, distinct du produit canonique.
Exemple numérique : pour , , alors que le produit canonique donnerait . Les deux produits scalaires sur le même espace vectoriel donnent des géométries différentes (longueurs et angles distincts).
Critère général : une matrice symétrique définit un produit scalaire si et seulement si est symétrique définie positive, c'est-à-dire pour tout .
3. Norme associée à un produit scalaire
Si est un produit scalaire sur , on définit la norme euclidienne associée par :
Cette quantité est bien définie (positivité du produit scalaire) et vérifie (séparation). Pour le produit scalaire canonique sur :
Propriété d'homogénéité : pour tout , car .
Identité remarquable (développement du carré) : pour tous ,
C'est cette identité, combinée à l'inégalité de Cauchy-Schwarz, qui permettra d'établir l'inégalité triangulaire.
4. Inégalité de Cauchy-Schwarz
Théorème (Cauchy-Schwarz) : pour tous ,
avec égalité si et seulement si et sont colinéaires (liés).
Démonstration : si , l'inégalité est triviale (). Supposons . Pour tout , posons par positivité du produit scalaire. En développant :
C'est un trinôme du second degré en , de coefficient dominant , qui reste pour tout . Son discriminant doit donc être :
En prenant la racine carrée (positive), on obtient .
Cas d'égalité : l'égalité correspond à une racine double telle que , c'est-à-dire , donc : et sont colinéaires. Réciproquement, si , alors et , donc .
Exemple numérique : soit et dans canonique. On calcule . Par ailleurs donc , et donc . On vérifie : l'inégalité de Cauchy-Schwarz est bien satisfaite (de façon large, et n'étant pas colinéaires).
5. Inégalité triangulaire (inégalité de Minkowski)
Théorème : pour tous , .
Démonstration : en utilisant l'identité du paragraphe 3 puis Cauchy-Schwarz :
Comme et , on peut prendre la racine carrée de chaque membre pour conclure .
Vérification numérique avec l'exemple précédent : , donc , soit . Par ailleurs . On a bien .
6. Identité du parallélogramme et angle entre deux vecteurs
Identité du parallélogramme : pour tous ,
Elle découle directement du développement des deux carrés et de l'annulation des termes croisés .
Grâce à Cauchy-Schwarz, pour non nuls, le rapport appartient à , ce qui permet de définir l'angle géométrique entre et par :
Deux vecteurs non nuls sont dits orthogonaux lorsque , c'est-à-dire .
7. Distance euclidienne
La norme induit une distance sur par . Elle vérifie les axiomes attendus : avec égalité si et seulement si (séparation de la norme), (homogénéité avec ), et l'inégalité triangulaire , qui se déduit de l'inégalité triangulaire sur la norme appliquée à .
8. Synthèse
Un produit scalaire sur permet de définir simultanément une norme (longueur), une distance, et un angle. Cauchy-Schwarz est l'inégalité pivot : elle borne le produit scalaire par le produit des normes, garantit que est bien défini dans , et permet de démontrer l'inégalité triangulaire. Ces outils sont la base de toute la géométrie euclidienne abstraite développée dans les deux leçons suivantes (orthogonalité, projections).
Exercices de la leçon
Exercice 1
Pour le produit scalaire canonique sur , que vaut pour et ?
Corrigé
.
Exercice 2
Quelle est la norme euclidienne (canonique) du vecteur dans ?
Corrigé
.
Exercice 3
Vrai ou faux : un produit scalaire doit nécessairement vérifier pour tout .
Corrigé
Vrai. C'est l'axiome de positivité, l'un des quatre axiomes définissant un produit scalaire (avec la bilinéarité, la symétrie et la séparation).
Exercice 4
Deux vecteurs non nuls et sont dits orthogonaux lorsque :
Corrigé
Par définition, et sont orthogonaux si et seulement si , ce qui correspond à un angle entre eux.
Exercice 5
Vrai ou faux : l'inégalité de Cauchy-Schwarz s'écrit (sans valeur absolue).
Corrigé
Faux. L'énoncé correct de Cauchy-Schwarz porte sur la valeur absolue : . Sans la valeur absolue, l'énoncé proposé ne contrôlerait pas le cas très négatif vis-à-vis de : c'est bien la borne sur , dans les deux sens, qui constitue le théorème.
Exercice 6
Soit et dans canonique. Que vaut et que peut-on en déduire ?
Corrigé
. Le produit scalaire est nul, donc et sont orthogonaux.
Exercice 7
Pour le produit scalaire sur , que vaut pour ?
Corrigé
.
Exercice 8
Soit avec , et . Que peut-on en conclure ?
Corrigé
On a : c'est exactement le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz, qui caractérise la colinéarité de et (et ici avec un coefficient de proportionnalité positif puisque le produit scalaire est positif).
Exercice 9
Vrai ou faux : pour tous , si et seulement si et sont orthogonaux.
Corrigé
Vrai. D'après l'identité , l'égalité équivaut à , c'est-à-dire : c'est le théorème de Pythagore, valable dans les deux sens.
Exercice 10
Soit et dans canonique. Quel est l'angle entre et ?
Corrigé
. , . Donc , soit .
Exercice 11
Démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour dans un espace euclidien , en détaillant le rôle du discriminant.
Corrigé
Preuve complète :
Si , l'inégalité s'écrit , trivialement vraie.
Supposons . Pour , posons . Par positivité de la norme au carré, pour tout . En développant grâce à la bilinéarité et la symétrie du produit scalaire :
C'est un polynôme du second degré en dont le coefficient dominant est strictement positif (car ). Un tel trinôme reste positif ou nul pour tout réel si et seulement si son discriminant est négatif ou nul :
Donc . Les deux membres étant positifs, on peut prendre la racine carrée : .
Exercice 12
Soit dans canonique. Que vaut ?
Corrigé
, donc .
Exercice 13
Démontrer l'inégalité triangulaire à partir de l'inégalité de Cauchy-Schwarz.
Corrigé
Preuve : D'après l'identité de développement du carré (bilinéarité et symétrie) :
Par l'inégalité de Cauchy-Schwarz, . En substituant :
Comme et , la fonction racine carrée étant croissante sur , on peut prendre la racine carrée des deux membres de l'inégalité sans changer le sens :
Exercice 14
Soit muni de (matrice ). Pourquoi cette forme est-elle bien un produit scalaire ?
Corrigé
La bilinéarité et la symétrie viennent de la forme avec symétrique. La positivité définie se vérifie en écrivant , somme de deux carrés qui ne s'annule que si et , soit .
Exercice 15
Démontrer l'identité du parallélogramme pour dans un espace euclidien.
Corrigé
Preuve : par bilinéarité et symétrie du produit scalaire :
En additionnant membre à membre ces deux égalités, les termes et s'annulent :
Cette identité traduit géométriquement que la somme des carrés des diagonales d'un parallélogramme égale la somme des carrés des quatre côtés.
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