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Licence 3 · Géométrie L3 — Courbes et surfaces

Surfaces paramétrées et première forme fondamentale

Surfaces paramétrées et première forme fondamentale

1. Surfaces paramétrées

Une surface paramétrée est une application X:UR3X:U\to\mathbb{R}^3 (UR2U\subset\mathbb{R}^2 ouvert) de classe C2\mathcal{C}^2, régulière : les dérivées partielles Xu=X/uX_u=\partial X/\partial u et Xv=X/vX_v=\partial X/\partial v sont linéairement indépendantes en tout point (donc Xu×Xv0X_u\times X_v\neq0). Le plan engendré par Xu,XvX_u,X_v en un point est le plan tangent à la surface en ce point.

Exemples : le plan X(u,v)=(u,v,0)X(u,v)=(u,v,0) ; la sphère de rayon RR, X(u,v)=(Rcosusinv,Rsinusinv,Rcosv)X(u,v)=(R\cos u\sin v,R\sin u\sin v,R\cos v) pour u[0,2π[u\in[0,2\pi[, v]0,π[v\in\,]0,\pi[ ; le cylindre X(u,v)=(Rcosu,Rsinu,v)X(u,v)=(R\cos u,R\sin u,v).

2. Première forme fondamentale

La première forme fondamentale II mesure les longueurs et angles sur la surface (la métrique induite par le produit scalaire de R3\mathbb{R}^3). On définit les coefficients :

E=XuXuF=XuXvG=XvXvE=X_u\cdot X_u \qquad F=X_u\cdot X_v \qquad G=X_v\cdot X_v

et pour un vecteur tangent w=aXu+bXvw=aX_u+bX_v :
I(w,w)=Ea2+2Fab+Gb2I(w,w) = Ea^2+2Fab+Gb^2

Élément d'aire : dA=EGF2dudvdA = \sqrt{EG-F^2}\,du\,dv ; longueur d'une courbe u(t),v(t)u(t),v(t) tracée sur la surface : L=Eu2+2Fuv+Gv2dtL=\displaystyle\int\sqrt{Eu'^2+2Fu'v'+Gv'^2}\,dt.

3. Exemple résolu — le plan

Pour X(u,v)=(u,v,0)X(u,v)=(u,v,0) : Xu=(1,0,0)X_u=(1,0,0), Xv=(0,1,0)X_v=(0,1,0), donc E=1,F=0,G=1E=1,F=0,G=1. La première forme fondamentale est I=a2+b2I=a^2+b^2 : c'est simplement la métrique euclidienne usuelle, sans surprise puisque XX est l'identité du plan xOyxOy plongé dans R3\mathbb{R}^3.

4. Exemple résolu — la sphère

Pour X(u,v)=(Rcosusinv,Rsinusinv,Rcosv)X(u,v)=(R\cos u\sin v,R\sin u\sin v,R\cos v) :

Xu=(Rsinusinv,Rcosusinv,0)Xv=(Rcosucosv,Rsinucosv,Rsinv)X_u=(-R\sin u\sin v,R\cos u\sin v,0) \qquad X_v=(R\cos u\cos v,R\sin u\cos v,-R\sin v)

Calcul direct : E=XuXu=R2sin2vE=X_u\cdot X_u=R^2\sin^2v, F=XuXv=0F=X_u\cdot X_v=0, G=XvXv=R2G=X_v\cdot X_v=R^2. La première forme fondamentale est donc I=R2sin2va2+R2b2I=R^2\sin^2v\,a^2+R^2b^2, et l'élément d'aire :

dA=EGF2dudv=R4sin2vdudv=R2sinvdudvdA=\sqrt{EG-F^2}\,du\,dv = \sqrt{R^4\sin^2v}\,du\,dv = R^2\sin v\,du\,dv

(pour v]0,π[v\in\,]0,\pi[, sinv>0\sin v>0). En intégrant sur tout u[0,2π[,v[0,π]u\in[0,2\pi[,v\in[0,\pi], on retrouve l'aire totale de la sphère :
Aire=02π0πR2sinvdvdu=2πR2[cosv]0π=2πR2×2=4πR2\text{Aire} = \int_0^{2\pi}\int_0^\pi R^2\sin v\,dv\,du = 2\pi R^2\big[-\cos v\big]_0^\pi = 2\pi R^2\times2 = 4\pi R^2

5. Exemple résolu — le cylindre

Pour X(u,v)=(Rcosu,Rsinu,v)X(u,v)=(R\cos u,R\sin u,v) : Xu=(Rsinu,Rcosu,0)X_u=(-R\sin u,R\cos u,0), Xv=(0,0,1)X_v=(0,0,1). On trouve E=R2,F=0,G=1E=R^2,F=0,G=1, donc dA=RdudvdA=R\,du\,dv : le cylindre est, en un sens précis, isométrique au plan (on peut le « dérouler » sans déformer les longueurs) — c'est pourquoi le coefficient EE ne dépend ni de uu ni de vv.

6. Isométries de surfaces

Deux surfaces sont isométriques si elles ont la « même » première forme fondamentale dans des paramétrages adaptés — intuitivement, on peut déformer l'une en l'autre sans étirer ni déchirer (en pliant seulement). Le cylindre et le plan sont isométriques (on déroule le cylindre), mais la sphère n'est isométrique à aucune région du plan — c'est le contenu du theorema egregium de Gauss (vu en détail à la leçon suivante), qui explique pourquoi toute carte plane de la Terre déforme nécessairement les distances ou les surfaces.

7. Récapitulatif


NotionFormule
|---|---|




CoefficientsE=XuXu, F=XuXv, G=XvXvE=X_u\cdot X_u,\ F=X_u\cdot X_v,\ G=X_v\cdot X_v
Forme fondamentaleI(w,w)=Ea2+2Fab+Gb2I(w,w)=Ea^2+2Fab+Gb^2
Élément d'airedA=EGF2dudvdA=\sqrt{EG-F^2}\,du\,dv
Sphère de rayon RRE=R2sin2v, F=0, G=R2E=R^2\sin^2v,\ F=0,\ G=R^2
Cylindre de rayon RRE=R2, F=0, G=1E=R^2,\ F=0,\ G=1

Exercices de la leçon

Exercice 1

Comment définit-on le coefficient FF de la première forme fondamentale ?

Corrigé

FF est le produit scalaire (et non vectoriel) des deux dérivées partielles : F=XuXvF=X_u\cdot X_v. C'est ce qui mesure si les courbes coordonnées u=csteu=\text{cste} et v=cstev=\text{cste} sont orthogonales (F=0F=0) ou non.

Exercice 2

Vrai ou faux : pour le plan X(u,v)=(u,v,0)X(u,v)=(u,v,0), la première forme fondamentale est I=a2+b2I=a^2+b^2.

Corrigé

Vrai. E=1,F=0,G=1E=1,F=0,G=1 pour le plan paramétré par l'identité, donc I(w,w)=1a2+0+1b2=a2+b2I(w,w)=1\cdot a^2+0+1\cdot b^2=a^2+b^2, la métrique euclidienne usuelle.

Exercice 3

Quelle est la formule de l'élément d'aire dAdA en fonction de E,F,GE,F,G ?

Corrigé

C'est la formule classique dA=Xu×Xvdudv=EGF2dudvdA=\|X_u\times X_v\|\,du\,dv=\sqrt{EG-F^2}\,du\,dv (identité de Lagrange reliant norme du produit vectoriel et déterminant de Gram).

Exercice 4

Pour la sphère de rayon RR, que vaut le coefficient FF dans le paramétrage usuel (u,v)(Rcosusinv,Rsinusinv,Rcosv)(u,v)\mapsto(R\cos u\sin v,R\sin u\sin v,R\cos v) ?

Corrigé

Le calcul direct de XuXvX_u\cdot X_v donne 00 : les courbes coordonnées (méridiens u=u=cste et parallèles v=v=cste) sont orthogonales en tout point de la sphère.

Exercice 5

Vrai ou faux : le cylindre est isométrique au plan (on peut le « dérouler » sans déformer les longueurs).

Corrigé

Vrai. La première forme fondamentale du cylindre (E=R2,F=0,G=1E=R^2,F=0,G=1, indépendante de u,vu,v) coïncide, après un simple changement d'échelle sur uu, avec celle du plan : c'est la propriété qui permet de dérouler un cylindre à plat sans déformation.

Exercice 6

Calculer E,F,GE,F,G pour le paraboloïde X(u,v)=(u,v,u2+v2)X(u,v)=(u,v,u^2+v^2) au point (u,v)=(0,0)(u,v)=(0,0).

Corrigé

Xu=(1,0,2u)X_u=(1,0,2u), Xv=(0,1,2v)X_v=(0,1,2v). En (0,0)(0,0) : Xu=(1,0,0)X_u=(1,0,0), Xv=(0,1,0)X_v=(0,1,0), donc E=1,F=0,G=1E=1,F=0,G=1 (le plan tangent au sommet du paraboloïde est horizontal, sans déformation au premier ordre).

Exercice 7

Pour le cône X(u,v)=(vcosu,vsinu,v)X(u,v)=(v\cos u,v\sin u,v) (v>0v>0), calculer E,F,GE,F,G.

Corrigé

Xu=(vsinu,vcosu,0)X_u=(-v\sin u,v\cos u,0), Xu2=v2\|X_u\|^2=v^2 donc E=v2E=v^2. Xv=(cosu,sinu,1)X_v=(\cos u,\sin u,1), Xv2=cos2u+sin2u+1=2\|X_v\|^2=\cos^2u+\sin^2u+1=2 donc G=2G=2. XuXv=vsinucosu+vcosusinu+0=0X_u\cdot X_v=-v\sin u\cos u+v\cos u\sin u+0=0 donc F=0F=0.

Exercice 8

Calculer l'aire totale de la sphère de rayon R=3R=3 à partir de la formule dA=R2sinvdudvdA=R^2\sin v\,du\,dv.

Corrigé

Aire =4πR2=4π×9=36π=4\pi R^2=4\pi\times9=36\pi.

Exercice 9

Vrai ou faux : si F=0F=0 partout sur une surface, les courbes coordonnées u=csteu=\text{cste} et v=cstev=\text{cste} se coupent orthogonalement.

Corrigé

Vrai. Le vecteur tangent à la courbe u=csteu=\text{cste} (paramétrée par vv) est colinéaire à XvX_v, et celui à v=cstev=\text{cste} est colinéaire à XuX_u ; leur produit scalaire XuXv=FX_u\cdot X_v=F étant nul, ils sont orthogonaux.

Exercice 10

Pour la surface de révolution X(u,v)=(f(v)cosu,f(v)sinu,g(v))X(u,v)=(f(v)\cos u,f(v)\sin u,g(v)) (avec f>0f>0), montrer que F=0F=0 quelles que soient les fonctions f,gf,g.

Corrigé

Calcul des dérivées partielles :

Xu=(f(v)sinu,f(v)cosu,0)Xv=(f(v)cosu,f(v)sinu,g(v))X_u = (-f(v)\sin u,\,f(v)\cos u,\,0) \qquad X_v = (f'(v)\cos u,\,f'(v)\sin u,\,g'(v))

Calcul de FF :

F=XuXv=f(v)f(v)sinucosu+f(v)f(v)cosusinu+0g(v)F = X_u\cdot X_v = -f(v)f'(v)\sin u\cos u + f(v)f'(v)\cos u\sin u + 0\cdot g'(v)

Les deux premiers termes sont opposés (même produit ffsinucosuf f'\sin u\cos u, signes contraires), donc ils s'annulent exactement, et le troisième est nul. D'où F=0F=0 identiquement, pour n'importe quelles fonctions f,gf,g (génératrices du profil de révolution). Cela confirme que les méridiens (courbes u=u=cste) et les parallèles (courbes v=v=cste) sont toujours orthogonaux sur une surface de révolution — résultat géométriquement attendu par symétrie.

Exercice 11

Pour le tore X(u,v)=((R+rcosv)cosu,(R+rcosv)sinu,rsinv)X(u,v)=\big((R+r\cos v)\cos u,(R+r\cos v)\sin u,r\sin v\big) (R>r>0R>r>0), calculer EE et GG.

Corrigé

Calcul de XuX_u :

Xu=((R+rcosv)sinu,(R+rcosv)cosu,0)X_u = \big(-(R+r\cos v)\sin u,\,(R+r\cos v)\cos u,\,0\big)

E=Xu2=(R+rcosv)2sin2u+(R+rcosv)2cos2u=(R+rcosv)2E = \|X_u\|^2 = (R+r\cos v)^2\sin^2u + (R+r\cos v)^2\cos^2u = (R+r\cos v)^2

Calcul de XvX_v :

Xv=(rsinvcosu,rsinvsinu,rcosv)X_v = \big(-r\sin v\cos u,\,-r\sin v\sin u,\,r\cos v\big)

G=Xv2=r2sin2vcos2u+r2sin2vsin2u+r2cos2v=r2sin2v+r2cos2v=r2G = \|X_v\|^2 = r^2\sin^2v\cos^2u + r^2\sin^2v\sin^2u + r^2\cos^2v = r^2\sin^2v + r^2\cos^2v = r^2

Donc E=(R+rcosv)2E=(R+r\cos v)^2 et G=r2G=r^2 (et on vérifie aisément F=XuXv=0F=X_u\cdot X_v=0, le tore étant aussi une surface de révolution).

Exercice 12

À partir des résultats de l'exercice précédent, calculer l'aire totale du tore X(u,v)=((R+rcosv)cosu,(R+rcosv)sinu,rsinv)X(u,v)=\big((R+r\cos v)\cos u,(R+r\cos v)\sin u,r\sin v\big) pour u,v[0,2π]u,v\in[0,2\pi].

Corrigé

Élément d'aire : avec F=0F=0, E=(R+rcosv)2E=(R+r\cos v)^2, G=r2G=r^2 :

dA=EGF2dudv=(R+rcosv)2r2dudv=r(R+rcosv)dudvdA = \sqrt{EG-F^2}\,du\,dv = \sqrt{(R+r\cos v)^2r^2}\,du\,dv = r(R+r\cos v)\,du\,dv

(la valeur absolue disparaît car R>r>0R>r>0 implique R+rcosvRr>0R+r\cos v\geq R-r>0).

Intégration en vv d'abord :

02πr(R+rcosv)dv=r[Rv+rsinv]02π=r(2πR+000)=2πRr\int_0^{2\pi} r(R+r\cos v)\,dv = r\Big[Rv+r\sin v\Big]_0^{2\pi} = r\big(2\pi R+0-0-0\big) = 2\pi Rr

Intégration en uu :

Aire=02π2πRrdu=2π×2πRr=4π2Rr\text{Aire} = \int_0^{2\pi} 2\pi Rr\,du = 2\pi\times2\pi Rr = 4\pi^2Rr

C'est la formule classique de l'aire du tore, 4π2Rr4\pi^2Rr (cohérente avec le second théorème de Pappus-Guldin : aire =2πR×2πr=2\pi R\times2\pi r, longueur du cercle générateur fois distance parcourue par son centre).

Exercice 13

Vrai ou faux : deux surfaces ayant la même première forme fondamentale dans des paramétrages correspondants ont nécessairement la même courbure de Gauss en tout point.

Corrigé

Vrai — c'est précisément le contenu du theorema egregium de Gauss (étudié en détail à la leçon suivante) : la courbure de Gauss ne dépend que de la première forme fondamentale (donc des longueurs et angles intrinsèques à la surface), pas de la façon dont la surface est plongée dans R3\mathbb{R}^3.

Exercice 14

Calculer la longueur du méridien (courbe u=csteu=\text{cste}, vv variant de 00 à π\pi) sur la sphère de rayon RR, à partir de la première forme fondamentale.

Corrigé

Sur la courbe u=csteu=\text{cste} paramétrée par v[0,π]v\in[0,\pi], on a du=0du=0 et dv0dv\neq0, donc la formule de longueur L=Edu2+2Fdudv+Gdv2L=\displaystyle\int\sqrt{E\,du^2+2F\,du\,dv+G\,dv^2} se réduit à L=GdvL=\displaystyle\int\sqrt{G}\,dv.

Pour la sphère, G=R2G=R^2 (constant), donc G=R\sqrt G=R, d'où :

L=0πRdv=RπL = \int_0^\pi R\,dv = R\pi

C'est cohérent avec la géométrie élémentaire : un méridien va du pôle nord (v=0v=0) au pôle sud (v=πv=\pi), soit exactement la moitié d'un grand cercle de circonférence 2πR2\pi R, donc une longueur πR\pi R.

Exercice 15

Démontrer que pour toute surface paramétrée régulière, EGF2>0EG-F^2>0 en tout point (positivité stricte du discriminant de la première forme fondamentale), en utilisant l'identité de Lagrange Xu×Xv2=Xu2Xv2(XuXv)2\|X_u\times X_v\|^2=\|X_u\|^2\|X_v\|^2-(X_u\cdot X_v)^2.

Corrigé

Identité de Lagrange. Pour deux vecteurs a,bR3a,b\in\mathbb{R}^3, l'identité de Lagrange donne a×b2=a2b2(ab)2\|a\times b\|^2=\|a\|^2\|b\|^2-(a\cdot b)^2. En appliquant cela à a=Xua=X_u, b=Xvb=X_v :

Xu×Xv2=Xu2Xv2(XuXv)2=EGF2\|X_u\times X_v\|^2 = \|X_u\|^2\|X_v\|^2 - (X_u\cdot X_v)^2 = EG-F^2

Utilisation de la régularité. Par définition, une surface paramétrée est dite régulière précisément lorsque XuX_u et XvX_v sont linéairement indépendants en tout point, ce qui équivaut à Xu×Xv0X_u\times X_v\neq0.

Conclusion. Comme Xu×Xv0X_u\times X_v\neq0, on a Xu×Xv2>0\|X_u\times X_v\|^2>0, et par l'identité de Lagrange ci-dessus :

EGF2=Xu×Xv2>0EG-F^2 = \|X_u\times X_v\|^2 > 0 \qquad \square

Ce résultat garantit que la première forme fondamentale est définie positive (en tant que forme quadratique en (a,b)(a,b)), ce qui est essentiel pour qu'elle définisse bien une métrique (notion de longueur strictement positive pour tout vecteur tangent non nul) sur la surface.

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