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Licence 3 · Géométrie L3 — Courbes et surfaces
Seconde forme fondamentale et courbure de Gauss
Seconde forme fondamentale et courbure de Gauss
1. Vecteur normal unitaire
Pour une surface paramétrée régulière , le vecteur normal unitaire est . Il est orthogonal au plan tangent en chaque point et donne une orientation à la surface (le choix du signe dépend du paramétrage).
2. Seconde forme fondamentale
La seconde forme fondamentale mesure la façon dont la surface s'écarte de son plan tangent (sa courbure « extrinsèque »). On définit :
et pour : . (Attention : ce n'est pas le vecteur normal , mais un coefficient scalaire — la notation classique, bien qu'ambiguë, est universelle.)
3. Courbures principales et courbure de Gauss
En chaque point, on définit la courbure de Gauss :
et la courbure moyenne . Les courbures principales (valeurs propres de l'application de Weingarten) vérifient et : et sont respectivement le produit et la moyenne des courbures extrémales des sections normales de la surface.
Classification des points : : point elliptique (la surface se courbe du même côté dans toutes les directions, comme sur une sphère) ; : point hyperbolique (selle de cheval, comme sur un paraboloïde hyperbolique) ; : point parabolique (comme sur un cylindre).
4. Exemple résolu — la sphère
Pour , on a déjà . Le vecteur normal est (pointant vers le centre, à un signe de convention près). Un calcul direct des dérivées secondes donne , , . D'où :
La courbure de Gauss de la sphère est constante, égale à : plus la sphère est grande, moins elle est courbée.
5. Exemple résolu — le cylindre
Pour le cylindre , on calcule , , (la direction , le long de l'axe, ne courbe pas du tout). D'où :
Le cylindre a une courbure de Gauss nulle partout, comme le plan — cohérent avec le fait (vu à la leçon précédente) que le cylindre est isométrique au plan.
6. Theorema egregium de Gauss
Théorème (Gauss, 1827) : la courbure de Gauss ne dépend que de la première forme fondamentale et de ses dérivées — pas de la seconde forme fondamentale, et donc pas de la façon dont la surface est plongée dans . C'est une quantité intrinsèque.
Conséquence majeure : deux surfaces isométriques (même première forme fondamentale) ont nécessairement la même courbure de Gauss en points correspondants. C'est pourquoi le plan () et la sphère () ne sont jamais isométriques : on ne peut pas représenter une carte de la Terre sur une feuille plane sans déformer distances ou aires — c'est un théorème, pas une limitation technique des cartographes.
7. Récapitulatif
| Notion | Formule |
| Vecteur normal | |
| Seconde forme | |
| Courbure de Gauss | |
| Courbure moyenne | |
| Theorema egregium | ne dépend que de (quantité intrinsèque) |
Exercices de la leçon
Exercice 1
Comment définit-on le coefficient de la seconde forme fondamentale ?
Corrigé
est la projection de la dérivée seconde sur le vecteur normal : , mesurant la courbure de la surface dans la direction .
Exercice 2
Vrai ou faux : un point de courbure de Gauss est dit point elliptique.
Corrigé
Vrai. Quand , les deux courbures principales sont de même signe : la surface se courbe du même côté dans toutes les directions normales (comme un point de la sphère), on parle de point elliptique.
Exercice 3
Quelle est la courbure de Gauss de la sphère de rayon ?
Corrigé
Le calcul direct (cours §4) donne , constante en tout point de la sphère.
Exercice 4
Vrai ou faux : le cylindre a une courbure de Gauss nulle partout.
Corrigé
Vrai. Comme calculé au cours §5, pour le cylindre, ce qui est cohérent avec son isométrie au plan (theorema egregium).
Exercice 5
Que dit le theorema egregium de Gauss ?
Corrigé
Le theorema egregium (« théorème remarquable ») énonce que est une quantité intrinsèque, calculable à partir de seuls (et de leurs dérivées), sans référence à la façon dont la surface est plongée dans l'espace.
Exercice 6
Pour un point hyperbolique (selle de cheval), quel est le signe de la courbure de Gauss ?
Corrigé
Au point hyperbolique, les deux courbures principales sont de signes opposés (la surface se courbe vers le haut dans une direction et vers le bas dans l'autre), donc leur produit .
Exercice 7
Sachant que pour le cylindre , retrouver par le calcul.
Corrigé
.
Exercice 8
Vrai ou faux : la courbure moyenne est toujours égale au produit des courbures principales.
Corrigé
Faux. C'est la courbure de Gauss qui est le produit des courbures principales () ; la courbure moyenne en est la moyenne arithmétique ().
Exercice 9
Une surface minimale (comme une bulle de savon) vérifie en tout point. Que peut-on en déduire sur le signe de en tout point non plat ?
Corrigé
Si , alors , donc : tout point d'une surface minimale est soit plat (, quand ) soit hyperbolique ().
Exercice 10
Pourquoi ne peut-on jamais réaliser une carte plane parfaitement fidèle (sans aucune déformation) de la Terre, en s'appuyant sur le theorema egregium ?
Corrigé
Une carte « parfaitement fidèle » correspondrait à une isométrie entre une portion de la sphère terrestre (de courbure de Gauss , constante et non nulle) et une portion du plan de la carte (de courbure de Gauss , car le plan est plat).
Or le theorema egregium de Gauss affirme que la courbure de Gauss est un invariant isométrique : deux surfaces isométriques ont nécessairement la même courbure de Gauss en points correspondants.
Comme pour la sphère terrestre alors que pour le plan, aucune isométrie (même locale, sur une petite région) entre la sphère et le plan ne peut exister. C'est pourquoi toute projection cartographique (Mercator, Lambert, etc.) déforme nécessairement soit les distances, soit les angles, soit les aires — il s'agit d'un théorème mathématique, pas d'une limitation des techniques de cartographie actuelles.
Exercice 11
Démontrer que pour une surface développable (isométrique au plan, comme le cylindre ou le cône), on a nécessairement en tout point.
Corrigé
Étape 1 — courbure du plan. Pour le plan , toutes les dérivées secondes sont nulles (), donc , et .
Étape 2 — invariance isométrique de . Par le theorema egregium, la courbure de Gauss ne dépend que de la première forme fondamentale (et de ses dérivées), pas du plongement particulier dans .
Étape 3 — conclusion. Si une surface est isométrique au plan (c'est-à-dire qu'il existe un paramétrage de ayant la même première forme fondamentale que le plan, à un changement de coordonnées près), alors par le theorema egregium, sa courbure de Gauss en tout point correspondant est la même que celle du plan, c'est-à-dire .
Donc toute surface développable (cylindre, cône, et plus généralement toute surface qu'on peut « dérouler » à plat sans déformation) a en tout point. C'est cohérent avec les calculs explicites du cylindre (§5 du cours).
Exercice 12
Calculer la courbure de Gauss du paraboloïde à l'origine , sachant qu'en ce point et que (vecteur normal vertical), , , .
Corrigé
Calcul des coefficients de la seconde forme fondamentale :
Calcul de :
À l'origine, : c'est un point elliptique, cohérent avec l'observation géométrique que le paraboloïde a un minimum local strict à l'origine, se courbant vers le haut dans toutes les directions tangentes — exactement le comportement caractéristique d'un point elliptique.
Exercice 13
Vrai ou faux : pour la selle à l'origine, où , , , , , on obtient (point hyperbolique).
Corrigé
Vrai. , , . : c'est bien un point hyperbolique, cohérent avec la forme de selle de cheval de la surface à l'origine (minimum dans une direction, maximum dans l'autre).
Exercice 14
Démontrer que pour la sphère, les courbures principales valent en tout point (la sphère est dite « totalement ombilique »), en utilisant et la symétrie du problème.
Corrigé
Argument de symétrie. En un point quelconque de la sphère, le groupe des rotations autour de la droite passant par ce point et le centre de la sphère agit transitivement sur les directions tangentes en ce point — c'est-à-dire qu'aucune direction tangente n'est géométriquement privilégiée par rapport à une autre (la sphère « a la même forme » dans toutes les directions vue d'un point). Par conséquent, la courbure normale (qui dépend a priori de la direction choisie dans le plan tangent) doit être la même dans toutes les directions : (on dit que tous les points de la sphère sont ombilicaux).
Utilisation de . Comme :
On a calculé (cours §4), donc , d'où . En choisissant l'orientation usuelle du vecteur normal (pointant vers l'extérieur, courbure positive pour une surface convexe vue de l'extérieur) :
Ce résultat illustre la propriété remarquable de la sphère d'être la seule surface compacte (à part le plan, non compact) ayant une courbure principale constante identique dans toutes les directions en tout point.
Exercice 15
Sachant que pour le tore on a (formule classique admise), déterminer pour quelles valeurs de le tore a des points elliptiques, hyperboliques, et paraboliques.
Corrigé
Analyse du signe de . Comme et donc toujours, le dénominateur est toujours strictement positif. Le signe de est donc exactement celui de .
Points elliptiques (, donc ) : pour (modulo ) — c'est la partie extérieure du tore (la partie « bombée » la plus loin de l'axe de révolution), où la surface se courbe comme une sphère localement.
Points hyperboliques (, donc ) : pour — c'est la partie intérieure du tore (proche du « trou » central), en forme de selle, où la surface se courbe dans des sens opposés selon la direction.
Points paraboliques (, donc ) : exactement en et — ce sont les deux cercles limites (le cercle le plus haut et le cercle le plus bas du tore) qui séparent la région elliptique de la région hyperbolique. C'est un exemple classique et instructif d'une surface compacte présentant les trois types de points simultanément.
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