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Licence 3 · Analyse fonctionnelle L3 — Espaces de Hilbert
Bases hilbertiennes et lien avec les séries de Fourier
Bases hilbertiennes et lien avec les séries de Fourier
1. Familles orthonormées et inégalité de Bessel
Soit une famille orthonormée dans un espace de Hilbert (). Pour tout , les coefficients de Fourier généralisés sont .
Inégalité de Bessel : pour tout , , et en passant à la limite, (la série converge toujours, quelle que soit la famille orthonormée — c'est une conséquence directe du théorème de Pythagore appliqué à avec ).
2. Base hilbertienne
Une famille orthonormée est une base hilbertienne (ou base orthonormée complète) de si, de plus, est dense dans . Dans ce cas, l'inégalité de Bessel devient une égalité — l'égalité de Parseval :
3. Lien direct avec les séries de Fourier
Sur (fonctions de carré intégrable, muni de ), la famille est orthonormée (vérifié : ) et constitue en fait une base hilbertienne de — c'est un théorème profond (densité des polynômes trigonométriques dans , via Stone-Weierstrass puis un argument de densité).
Les coefficients de Fourier déjà étudiés (leçon « Séries de Fourier ») sont donc exactement les coordonnées de dans cette base hilbertienne, et l'égalité de Parseval (déjà rencontrée pour le problème de Bâle) est exactement l'égalité de Parseval générale de ce paragraphe, appliquée à ce cas particulier.
Reformulation conceptuelle : la décomposition d'une fonction périodique en série de Fourier n'est rien d'autre que l'expression de cette fonction dans une base orthonormée bien choisie de l'espace de Hilbert — exactement comme décomposer un vecteur de dans la base canonique.
4. Exemple résolu — meilleure approximation trigonométrique
Conséquence pratique de la projection orthogonale (leçon précédente) : la somme partielle de Fourier est exactement la projection orthogonale de sur , donc est le meilleur polynôme trigonométrique de degré approximant au sens de la norme — meilleur que n'importe quel autre choix de coefficients, pas seulement meilleur en moyenne. C'est un résultat beaucoup plus fort que la simple convergence ponctuelle (Dirichlet) déjà vue.
5. Séparabilité
Un espace de Hilbert admettant une base hilbertienne dénombrable est dit séparable. , , sont tous séparables. (Il existe des espaces de Hilbert non séparables, mais ils sont rares en pratique et hors-programme ici.)
6. Récapitulatif
| Notion | Définition / propriété |
| Coefficients de Fourier généralisés | pour orthonormée |
| Inégalité de Bessel | (toujours) |
| Base hilbertienne | famille orthonormée totale (Vect dense) |
| Égalité de Parseval | et |
| Lien Fourier | est une base hilbertienne de |
Exercices de la leçon
Exercice 1
Que dit l'inégalité de Bessel pour une famille orthonormée et ?
Corrigé
L'inégalité de Bessel est une majoration valable pour toute famille orthonormée (pas seulement une base hilbertienne) — c'est seulement pour une base hilbertienne complète que l'égalité de Parseval est garantie.
Exercice 2
Vrai ou faux : une base hilbertienne est une famille orthonormée dont l'espace engendré est dense dans .
Corrigé
Vrai. C'est exactement la condition supplémentaire (« totalité » ou densité du Vect) qui distingue une base hilbertienne d'une simple famille orthonormée — sans cette condition, l'égalité de Parseval n'est pas garantie.
Exercice 3
Quelle famille de fonctions forme une base hilbertienne de ?
Corrigé
La famille exponentielle complexe est précisément la base hilbertienne associée aux séries de Fourier — c'est le résultat qui justifie rigoureusement la décomposition en série de Fourier comme un cas particulier de décomposition dans une base orthonormée.
Exercice 4
Vrai ou faux : l'égalité de Parseval transforme l'inégalité de Bessel en égalité, lorsque la famille orthonormée est une base hilbertienne.
Corrigé
Vrai. C'est exactement la différence entre une simple famille orthonormée (Bessel, inégalité) et une base hilbertienne complète (Parseval, égalité) — la densité du Vect garantit qu'aucune « masse » de n'échappe à la décomposition.
Exercice 5
Qu'est-ce qu'un espace de Hilbert séparable ?
Corrigé
Un espace de Hilbert séparable est celui qui possède une base hilbertienne dénombrable — c'est le cas de , , , qui couvrent l'immense majorité des applications pratiques.
Exercice 6
Pour avec et une famille orthonormée telle que , , que peut-on dire de d'après Bessel ?
Corrigé
Bessel donne (en ne considérant que ces trois premiers termes parmi une somme potentiellement plus grande), donc , soit .
Exercice 7
Pourquoi la convergence dans l'égalité de Parseval est-elle une convergence "dans " (au sens de la norme) plutôt qu'une convergence ponctuelle ?
Corrigé
La convergence "dans " (norme ) ne dit rien directement sur la convergence ponctuelle en un point précis — c'est pourquoi le théorème de Dirichlet (convergence ponctuelle des séries de Fourier) est un résultat distinct et plus délicat que l'égalité de Parseval (convergence en norme , valable sans hypothèse de régularité supplémentaire comme par morceaux).
Exercice 8
Vrai ou faux : la somme partielle de Fourier est la meilleure approximation de par un polynôme trigonométrique de degré , au sens de la norme .
Corrigé
Vrai. C'est exactement la conséquence du fait que est la projection orthogonale de sur l'espace des polynômes trigonométriques de degré : par le théorème de projection, c'est l'élément de cet espace minimisant la distance à .
Exercice 9
Pour avec coefficients de Fourier complexes tels que , que vaut ?
Corrigé
Par l'égalité de Parseval, .
Exercice 10
Démontrer l'inégalité de Bessel en utilisant la décomposition orthogonale de sur .
Corrigé
Décomposition orthogonale. Posons . Par le théorème de projection, , avec ces deux termes orthogonaux.
Application de Pythagore (niveau 1).
(le second terme étant une norme au carré, donc ).
Calcul de . Comme est orthonormée, la formule de projection donne . Par Pythagore généralisé (les étant deux à deux orthogonaux, car les le sont) :
(car ).
Conclusion. En combinant : .
Exercice 11
Démontrer que, pour une famille orthonormée quelconque (pas nécessairement totale), la série (avec ) converge toujours dans (espace de Hilbert), en utilisant le critère de Cauchy et l'inégalité de Bessel.
Corrigé
Étude des sommes partielles. Posons . Pour :
(par Pythagore généralisé, les étant orthonormés).
Utilisation de Bessel. Par l'inégalité de Bessel (exercice précédent), : c'est une série numérique convergente (à termes positifs, majorée). Par le critère de Cauchy pour les séries numériques, son reste tend vers :
Conséquence : est de Cauchy dans . D'après l'égalité ci-dessus, quand , donc est une suite de Cauchy dans .
Conclusion via la complétude. Comme est un espace de Hilbert (donc complet par définition), toute suite de Cauchy y converge. Donc converge dans vers une limite, qu'on note naturellement . Ce résultat utilise de façon essentielle la complétude : dans un espace préhilbertien non complet, cette série pourrait ne pas converger (sa limite « idéale » pourrait sortir de l'espace).
Exercice 12
Démontrer que si est une base hilbertienne et , , alors (identité de Parseval généralisée, cas réel : ).
Corrigé
Continuité du produit scalaire. Le produit scalaire est continu (conséquence de Cauchy-Schwarz), donc si et dans , alors :
Calcul de (cas réel). Par bilinéarité :
Comme (orthonormalité), seuls les termes survivent dans la double somme :
Passage à la limite. En faisant :
(Le cas redonne exactement l'égalité de Parseval du paragraphe 2.)
Exercice 13
Vrai ou faux : si une famille orthonormée vérifie pour tout (égalité de Parseval pour tout ), alors est nécessairement une base hilbertienne.
Corrigé
Vrai. C'est une caractérisation équivalente des bases hilbertiennes : une famille orthonormée vérifiant l'égalité de Parseval pour tout est nécessairement totale (sinon il existerait un orthogonal à tous les , pour lequel l'égalité de Parseval donnerait , contredisant ).
Exercice 14
Démontrer que si est une base hilbertienne et est orthogonal à tous les (c'est-à-dire pour tout ), on obtient une contradiction — confirmant qu'aucun vecteur non nul n'est orthogonal à une base hilbertienne complète.
Corrigé
Hypothèse. Supposons et pour tout .
Application de l'égalité de Parseval. Comme est une base hilbertienne (donc l'égalité de Parseval s'applique à tout élément de , en particulier à ) :
Conséquence. implique , et comme la norme issue d'un produit scalaire est définie positive, cela force .
Contradiction. Ceci contredit l'hypothèse .
Conclusion : aucun vecteur non nul de ne peut être orthogonal à tous les éléments d'une base hilbertienne — c'est exactement la traduction, en langage de produit scalaire, du fait que le Vect des est dense dans (un vecteur orthogonal à une partie dense de est nécessairement nul, par continuité du produit scalaire).
Exercice 15
Soit sur (la « dents de scie », déjà étudiée en série de Fourier avec , ). Utiliser l'égalité de Parseval pour retrouver , en partant de et de la forme de Parseval en coefficients trigonométriques .
Corrigé
Membre de gauche (donné). (calcul direct déjà effectué dans le cours de Fourier).
Membre de droite — coefficients de la dents de scie. et pour tout (fonction impaire), et , donc .
Application de Parseval (forme trigonométrique) :
Égalisation des deux membres.
Conclusion.
Ce calcul retrouve, par un chemin légèrement différent (la fonction « dents de scie » plutôt que le « créneau » utilisé dans la leçon « Séries de Fourier »), le célèbre problème de Bâle — confirmant que l'égalité de Parseval, vue ici dans le cadre général des espaces de Hilbert, est exactement le même outil que celui déjà exploité dans l'étude des séries de Fourier.
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