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Licence 3 · Analyse fonctionnelle L3 — Espaces de Hilbert
Projection orthogonale sur un sous-espace fermé
Projection orthogonale sur un sous-espace fermé
1. Théorème de la projection orthogonale
Théorème : soit un espace de Hilbert et un sous-espace vectoriel fermé. Pour tout , il existe un unique point réalisant la distance minimale :
De plus, est caractérisé par la condition d'orthogonalité : (c'est-à-dire pour tout ).
L'application ainsi définie est linéaire, et s'appelle la projection orthogonale sur .
2. Décomposition orthogonale
Conséquence directe : pour fermé, (somme directe orthogonale), où est l'orthogonal de . Tout se décompose de façon unique , avec , et par Pythagore : .
3. Cas de la dimension finie : formule explicite
Si avec base orthonormée de (c'est-à-dire , le symbole de Kronecker), alors :
Exemple résolu. Dans , soit avec , (base orthonormée du plan ). Pour :
(le résultat est géométriquement évident : la projection sur le plan annule la coordonnée .)
4. Cas d'une droite (projection sur un vecteur unitaire)
Pour avec : . Plus généralement, pour quelconque (pas nécessairement unitaire) : .
Exemple : pour et (mêmes vecteurs qu'à la leçon précédente, où et ) :
5. Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
Pour construire une base orthonormée à partir d'une base quelconque, on procède récursivement : , puis pour :
(on soustrait à sa projection sur l'espace déjà construit, puis on normalise le résidu, qui est orthogonal à tous les précédents par construction).
6. Pourquoi la fermeture de est essentielle
Si n'est pas fermé, le théorème de projection peut échouer : l'infimum peut ne pas être atteint dans (seulement approché par une suite qui converge vers un point hors de ). C'est l'une des raisons pour lesquelles la complétude de l'espace de Hilbert (qui garantit que les sous-espaces de dimension finie, ou plus généralement fermés, se comportent bien) est cruciale.
7. Récapitulatif
| Notion | Formule / propriété |
| Projection orthogonale | minimise sur , caractérisée par |
| Décomposition orthogonale | , |
| Formule (base orthonormée) | |
| Gram-Schmidt | construit une base orthonormée par soustraction successive des projections |
Exercices de la leçon
Exercice 1
Comment est caractérisée la projection orthogonale d'un point sur un sous-espace fermé ?
Corrigé
Le théorème de projection caractérise comme l'unique point de réalisant la distance minimale à , et cette propriété équivaut à l'orthogonalité du vecteur résiduel à tout .
Exercice 2
Vrai ou faux : si est une base orthonormée de , alors .
Corrigé
Vrai. C'est la formule explicite de la projection orthogonale en présence d'une base orthonormée — chaque coefficient s'appelle la coordonnée de Fourier de selon .
Exercice 3
Que signifie ?
Corrigé
C'est la décomposition orthogonale fondamentale : tout élément de l'espace de Hilbert s'écrit de manière unique comme somme de sa projection sur et de sa projection sur l'orthogonal .
Exercice 4
Vrai ou faux : le procédé de Gram-Schmidt permet de construire une base orthonormée à partir d'une base quelconque.
Corrigé
Vrai. C'est exactement le rôle du procédé de Gram-Schmidt : à chaque étape, on soustrait la projection sur l'espace déjà construit, puis on normalise, garantissant l'orthonormalité de la base finale.
Exercice 5
Dans , pour (plan ) et , que vaut ?
Corrigé
La projection orthogonale sur le plan conserve les coordonnées et annule la coordonnée : .
Exercice 6
Pour avec (non unitaire) et , calculer .
Corrigé
, . .
Exercice 7
Soit et avec (unitaire). Calculer la distance .
Corrigé
. , de norme .
Exercice 8
Vrai ou faux : la projection orthogonale sur un sous-espace fermé est une application linéaire.
Corrigé
Vrai. C'est une propriété importante du théorème de projection : est non seulement bien définie et continue, mais aussi linéaire — ce qui découle de l'unicité de la décomposition orthogonale et de la linéarité du produit scalaire.
Exercice 9
Appliquer la première étape de Gram-Schmidt à : calculer .
Corrigé
, donc , de norme (on vérifie ).
Exercice 10
Démontrer que , défini comme le point de minimisant , vérifie nécessairement pour tout (caractérisation par l'orthogonalité), en étudiant .
Corrigé
Mise en place. Fixons et considérons la fonction pour . Comme est un sous-espace vectoriel, pour tout , donc par la propriété de minimalité de :
Conséquence : est un minimum de . Comme est dérivable (polynôme du second degré en ) et atteint son minimum en , on a nécessairement .
Développement explicite. , donc .
Conclusion. , d'où :
Exercice 11
Démontrer l'unicité de la projection orthogonale : si vérifient tous deux et , alors .
Corrigé
Différence des deux candidats. Comme (sous-espace vectoriel), on a .
Utilisation de l'orthogonalité. Par hypothèse, et , donc en particulier (puisque ) :
Soustraction des deux égalités.
Or le membre de gauche se simplifie (par bilinéarité) :
Conclusion. , donc (car la norme est définie positive), c'est-à-dire . Cela confirme que la projection orthogonale, lorsqu'elle existe, est nécessairement unique — c'est ce qui justifie de parler de « la » projection plutôt que « d'une » projection.
Exercice 12
Appliquer le procédé de Gram-Schmidt complet à , pour obtenir une base orthonormée du plan .
Corrigé
Première étape. . Comme :
Deuxième étape — calcul de . .
Soustraction de la projection. .
Normalisation. , donc :
Vérification rapide : doit être nul (par construction, ), ce qu'on peut vérifier directement : . ✓
Exercice 13
Vrai ou faux : pour fermé et , on a toujours .
Corrigé
Vrai. Si , alors serait à distance nulle de , donc (la norme est définie positive), ce qui impliquerait — contredisant l'hypothèse . Donc nécessairement .
Exercice 14
Démontrer, en utilisant la décomposition orthogonale , l'identité .
Corrigé
Décomposition orthogonale. On écrit , où et, par la caractérisation de la projection (§1), , donc en particulier et est orthogonal à (qui appartient à ).
Application du théorème de Pythagore. Comme :
Identification de . Par définition même de la projection orthogonale (théorème §1), (la distance minimale de à est exactement réalisée en ).
Conclusion.
Cette identité a une interprétation géométrique limpide : le carré de la norme de se décompose en la partie « expliquée » par (le carré de la norme de la projection) et la partie « résiduelle » (le carré de la distance à ) — c'est l'analogue, en dimension infinie, de la décomposition variance expliquée/variance résiduelle en régression linéaire.
Exercice 15
Démontrer que pour (deux sous-espaces fermés emboîtés), pour tout , et interpréter ce résultat.
Corrigé
Inclusion des ensembles de candidats. Comme , l'ensemble des distances candidates est inclus dans (tout est aussi dans ).
Monotonie de l'infimum. Pour deux ensembles de réels , on a toujours (prendre l'infimum sur un ensemble plus grand ne peut que faire baisser, ou laisser inchangée, la valeur — car contient au moins tous les candidats de , donc potentiellement de meilleurs).
Application. En posant et , avec :
Interprétation géométrique. Ce résultat est intuitif : , contenant , offre plus de candidats potentiels pour approcher ; on ne peut donc jamais faire moins bien (distance plus grande) en élargissant l'espace d'approximation, seulement aussi bien ou mieux. C'est le principe sous-jacent à de nombreuses méthodes d'approximation (par exemple en analyse numérique : enrichir une base d'approximation ne peut que diminuer l'erreur minimale possible).
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