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Licence 1 · Logique, ensembles et raisonnement
Méthodes de raisonnement mathématique
Méthodes de raisonnement mathématique
### 1. Raisonnement direct
Le raisonnement direct consiste à partir de l'hypothèse et à enchaîner une suite d'implications vraies jusqu'à atteindre la conclusion :
Exemple : Montrer que si est pair, alors est pair. On suppose pair : avec . Alors , qui est bien de la forme , donc est pair.
### 2. Raisonnement par contraposée
Pour montrer , on peut montrer la contraposée , logiquement équivalente (section 3 de la leçon 1). Cette méthode est utile lorsque la négation de donne plus de prise au calcul que lui-même.
Exemple : Montrer que si est pair, alors est pair. On montre la contraposée : si est impair, alors est impair. En effet , qui est impair. Par contraposition, pair pair.
### 3. Raisonnement par l'absurde
Pour montrer qu'une proposition est vraie, on suppose et on en déduit une contradiction (une proposition manifestement fausse, ou deux propositions contradictoires entre elles). On conclut alors que est fausse, donc est vraie.
Exemple classique : Montrer que est irrationnel. Par l'absurde, supposons avec premiers entre eux (fraction irréductible). Alors , donc est pair, donc est pair (section 2) : . En substituant : , soit , donc est pair, donc est pair. Mais alors et sont tous les deux pairs, contredisant le fait qu'ils sont premiers entre eux. Cette contradiction montre que ne peut pas s'écrire comme une fraction : il est irrationnel.
### 4. Raisonnement par disjonction de cas
On découpe l'ensemble des situations possibles en plusieurs cas exhaustifs (qui couvrent toutes les possibilités), et on prouve la proposition dans chaque cas séparément.
Exemple : Montrer que pour tout entier , est pair. Cas 1 : est pair, : alors est pair. Cas 2 : est impair, donc est pair, : alors est pair. Les deux cas étant exhaustifs (tout entier est pair ou impair), la propriété est vraie pour tout .
### 5. Raisonnement par récurrence simple
Pour montrer qu'une propriété est vraie pour tout entier , le principe de récurrence demande de vérifier :
- Initialisation : est vraie.
- Hérédité : .
- Conclusion : par le principe de récurrence, est vraie pour tout .
Exemple complet : Montrer que .
- Initialisation () : et . L'égalité est vraie.
- Hérédité : on suppose vraie, c'est-à-dire (hypothèse de récurrence). Montrons :
ce qui est exactement la formule attendue pour . Donc .
- Conclusion : par récurrence, .
### 6. Récurrence forte (ou double)
La récurrence forte autorise à utiliser, dans l'étape d'hérédité, toutes les hypothèses (et pas seulement ) pour démontrer :
C'est indispensable lorsque l'étape de récurrence a besoin de remonter plus loin que le rang précédent (par exemple pour des suites définies par en fonction de et ).
Exemple : Soit la suite définie par et pour tout . Montrer que pour tout .
- Initialisations (il en faut deux, car la relation relie un terme à ses deux prédécesseurs) : ; .
- Hérédité forte : on suppose pour tout (avec ), et on montre :
- Conclusion : par récurrence forte, pour tout .
### 7. Analyse-synthèse
La méthode d'analyse-synthèse s'utilise pour des problèmes d'existence et d'unicité :
- Analyse : on suppose qu'un objet vérifiant les conditions demandées existe, et on en déduit, par des implications nécessaires, sa forme précise (cela restreint les candidats possibles, mais ne prouve pas encore l'existence).
- Synthèse : on vérifie que le candidat trouvé à l'étape d'analyse satisfait bien toutes les conditions initiales (cela prouve l'existence effective).
Exemple : Montrer que toute fonction s'écrit de manière unique comme somme d'une fonction paire et d'une fonction impaire .
Analyse : si avec paire et impaire, alors en remplaçant par : . On a donc le système et , d'où nécessairement :
Le candidat est donc entièrement déterminé : c'est l'unicité.
Synthèse : on vérifie que ces ainsi définis conviennent. : est bien paire. : est bien impaire. Et : la décomposition est correcte. C'est l'existence.
### 8. Comment choisir sa méthode
| Situation | Méthode recommandée |
|---|---|
| Hypothèse riche, calcul direct possible | Raisonnement direct |
| La négation de la conclusion est plus simple à manipuler | Contraposée |
| Énoncé d'impossibilité ou d'irrationalité | Absurde |
| Plusieurs cas séparés couvrant toutes les possibilités | Disjonction de cas |
| Propriété indexée par | Récurrence (simple ou forte selon la dépendance) |
| Existence ET unicité d'un objet | Analyse-synthèse |
Exercices de la leçon
Exercice 1
Pour montrer par contraposée, que doit-on démontrer ?
Corrigé
La contraposée de est , logiquement équivalente à l'implication de départ.
Exercice 2
Dans une preuve par l'absurde de , que suppose-t-on au départ ?
Corrigé
Le raisonnement par l'absurde suppose la négation de ce qu'on veut démontrer, , et cherche à en tirer une contradiction logique, ce qui permet de conclure que est vraie.
Exercice 3
Quelles sont les deux étapes obligatoires d'une preuve par récurrence simple ?
Corrigé
Le principe de récurrence repose sur la vérification de l'initialisation (la propriété est vraie au premier rang) et de l'hérédité (la propriété se transmet d'un rang au suivant), ce qui permet de conclure pour tous les rangs.
Exercice 4
Vrai ou faux : la méthode d'analyse-synthèse sert à prouver l'existence et l'unicité d'un objet mathématique.
Corrigé
Vrai. L'analyse détermine la forme nécessaire du candidat (donnant l'unicité), et la synthèse vérifie que ce candidat satisfait bien toutes les conditions (donnant l'existence).
Exercice 5
Pour démontrer ", pair ou impair " en distinguant les deux cas, quelle méthode utilise-t-on ?
Corrigé
Découper la preuve selon que est pair ou impair (les deux cas étant exhaustifs et s'excluant mutuellement) est l'exemple typique d'un raisonnement par disjonction de cas.
Exercice 6
Pourquoi la preuve de l'irrationalité de utilise-t-elle un raisonnement par l'absurde ?
Corrigé
" est irrationnel" signifie " n'est pas de la forme " : c'est un énoncé négatif, sans prise directe pour une construction. Supposer le contraire (existence d'une fraction irréductible ) donne au contraire des objets concrets (, ) sur lesquels raisonner jusqu'à la contradiction.
Exercice 7
Soit et . On veut montrer pour tout . Que doit-on vérifier à l'étape d'hérédité ?
Corrigé
L'hérédité d'une récurrence simple consiste à montrer que si la propriété est vraie au rang (hypothèse de récurrence ), alors elle est vraie au rang (). C'est exactement l'implication de l'option A.
Exercice 8
Vrai ou faux : dans une récurrence forte, on peut utiliser l'hypothèse seule pour démontrer , exactement comme en récurrence simple.
Corrigé
Faux (ou du moins incomplet) : la récurrence forte autorise à utiliser toutes les hypothèses , pas seulement la dernière. C'est une hypothèse plus riche que la récurrence simple, utile quand la relation de récurrence dépend de plusieurs termes antérieurs (comme la suite de Fibonacci).
Exercice 9
Pour prouver par contraposée que " impair impair", que doit-on démontrer ?
Corrigé
La contraposée de " impair impair" est "non( impair) non( impair)", c'est-à-dire " pair pair".
Exercice 10
Dans l'étape d'analyse de la décomposition (paire + impaire), que fait-on exactement ?
Corrigé
L'analyse part de l'hypothèse qu'un objet vérifiant les conditions existe et en déduit, par implications nécessaires, sa forme explicite — ici et . Vérifier que ce candidat convient est l'étape de synthèse (option B), qui vient après.
Exercice 11
Démontrer par récurrence que pour tout , est divisible par .
Corrigé
Initialisation () : , qui est bien divisible par .
Hérédité : supposons que est divisible par , c'est-à-dire qu'il existe tel que (hypothèse de récurrence), donc . Montrons que est divisible par :
C'est bien un multiple de . Donc .
Conclusion : par le principe de récurrence, est divisible par pour tout .
Exercice 12
Soit un entier. Vrai ou faux : pour montrer que tout entier admet un diviseur premier, on peut raisonner par récurrence forte en utilisant, pour traiter le cas où n'est pas premier, l'hypothèse de récurrence appliquée à un diviseur strict de supérieur ou égal à .
Corrigé
Vrai. Si est premier, est son propre diviseur premier. Si n'est pas premier, avec ; comme , l'hypothèse de récurrence forte (valable pour tous les rangs ) s'applique à , qui admet donc un diviseur premier, qui divise aussi . C'est un exemple typique où la récurrence forte est nécessaire (le rang seul ne suffit pas, pouvant être bien plus petit que ).
Exercice 13
Démontrer par l'absurde que pour tout entier , n'est pas à la fois pair et premier, sauf . Plus précisément, montrer que si est premier et , alors est impair.
Corrigé
Raisonnement par l'absurde. Soit premier avec . Supposons, par l'absurde, que est pair : il existe tel que .
Comme et , on a , donc est pair et (le plus petit pair qui n'est pas ), donc .
On a alors avec et (car ). Le nombre est donc un diviseur de strictement compris entre et , ce qui contredit la définition de premier (un nombre premier n'a que et lui-même comme diviseurs positifs).
Cette contradiction montre que l'hypothèse " est pair" est fausse : donc est impair.
Exercice 14
On définit , et . Pour montrer par récurrence que pour tout , combien de rangs d'initialisation sont nécessaires, et pourquoi ?
Corrigé
La relation relie un terme à ses deux prédécesseurs immédiats et . L'étape d'hérédité ne peut donc démarrer qu'à partir du rang où les deux prédécesseurs sont connus, ce qui impose d'initialiser les deux premiers rangs : (vrai par définition) et (vrai par définition). On vérifie ensuite l'hérédité : si et , alors , ce qui est bien la formule au rang . Une relation d'ordre nécessite donc toujours initialisations.
Exercice 15
Vrai ou faux : le raisonnement par contraposée et le raisonnement par l'absurde sont deux méthodes strictement identiques.
Corrigé
Faux. La contraposée prouve en démontrant directement (sans jamais supposer ). L'absurde prouve une proposition en supposant et en l'associant à d'autres hypothèses déjà établies pour atteindre une contradiction quelconque (pas nécessairement lui-même) ; le raisonnement par l'absurde est plus général et ne se limite pas aux implications.
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