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Licence 3 · Théorie de la mesure L3 — Intégrale de Lebesgue
Théorèmes de convergence (monotone, dominée)
Théorèmes de convergence
1. Pourquoi des théorèmes de convergence ?
L'un des plus grands avantages de l'intégrale de Lebesgue sur celle de Riemann est la robustesse de l'échange limite-intégrale : sous des hypothèses raisonnables (et souvent plus faibles qu'en théorie de Riemann), on peut affirmer . Trois théorèmes majeurs encadrent cette question.
2. Théorème de convergence monotone (Beppo Levi)
Théorème : Soit une suite croissante de fonctions mesurables positives (), convergeant simplement vers (éventuellement ). Alors :
Exemple résolu. Soit sur (et , sans incidence). La suite est croissante (en ) et converge simplement vers . Par convergence monotone :
(intégrale impropre au sens de Riemann, mais parfaitement définie et finie au sens de Lebesgue, le théorème garantissant la convergence des intégrales tronquées vers cette valeur).
3. Lemme de Fatou
Lemme (Fatou) : pour toute suite de fonctions mesurables positives :
C'est une inégalité (pas une égalité en général), utile lorsque la suite n'est pas monotone. Il sert d'outil technique intermédiaire pour démontrer le théorème de convergence dominée.
4. Théorème de convergence dominée (Lebesgue)
Théorème : Soit une suite de fonctions mesurables convergeant simplement (presque partout) vers . S'il existe une fonction intégrable telle que presque partout, pour tout (domination uniforme), alors est intégrable et :
Contre-exemple sans domination (rappel) : pour , on a p.p. mais : il n'existe ici aucune fonction intégrable dominant tous les (car ), donc le théorème ne s'applique pas — cohérent avec l'échec de l'échange limite-intégrale observé.
5. Exemple résolu — convergence dominée
Soit sur . On a pour tout (car et ), donc (intégrable sur , de mesure finie) domine uniformément la suite. Comme pour tout fixé (le numérateur est borné, le dénominateur croît si ; en , pour tout ), le théorème de convergence dominée donne directement :
sans avoir à calculer explicitement l'intégrale pour chaque (ce qui serait très difficile).
6. Comparaison des trois théorèmes
| Théorème | Hypothèse sur | Conclusion |
| Convergence monotone | , croissante | (égalité, même si ) |
| Fatou | (pas de monotonie) | (inégalité seulement) |
| Convergence dominée | intégrable | (égalité) |
7. Récapitulatif
| Outil | Rôle |
| Convergence monotone | échanger limite croissante et intégrale, sans hypothèse de domination |
| Fatou | minorer , outil technique intermédiaire |
| Convergence dominée | échanger limite quelconque et intégrale, sous domination uniforme |
Exercices de la leçon
Exercice 1
Quelle hypothèse principale requiert le théorème de convergence monotone sur la suite ?
Corrigé
Le théorème de convergence monotone (Beppo Levi) demande que la suite soit positive et croissante — c'est cette monotonie qui garantit l'échange limite-intégrale, sans besoin de domination.
Exercice 2
Vrai ou faux : le théorème de convergence dominée nécessite l'existence d'une fonction intégrable dominant uniformément tous les .
Corrigé
Vrai. C'est précisément l'hypothèse de « domination » qui donne son nom au théorème : presque partout, pour tout , avec intégrable.
Exercice 3
Que dit le lemme de Fatou ?
Corrigé
Le lemme de Fatou est une inégalité, pas une égalité, valable pour toute suite de fonctions positives (sans hypothèse de monotonie ni de domination).
Exercice 4
Vrai ou faux : la suite vérifie les hypothèses du théorème de convergence dominée.
Corrigé
Faux. Il n'existe aucune fonction intégrable dominant uniformément tous les , car : aucune fonction fixe ne peut majorer pour tout . C'est pourquoi dans cet exemple.
Exercice 5
Pour sur , quelle fonction constante peut servir de fonction dominante intégrable ?
Corrigé
Comme et , on a pour tout , donc (intégrable sur de mesure finie) domine uniformément la suite.
Exercice 6
Soit sur . En appliquant le théorème de convergence monotone, calculer .
Corrigé
La suite croît vers , donc par convergence monotone, .
Exercice 7
Vrai ou faux : dans le théorème de convergence dominée, la convergence simple de vers peut être seulement presque partout (pas nécessairement en tout point).
Corrigé
Vrai. C'est l'un des avantages de la théorie de la mesure : les hypothèses des théorèmes de convergence n'ont besoin d'être vérifiées que presque partout, les ensembles négligeables n'affectant jamais la valeur de l'intégrale.
Exercice 8
Pourquoi le théorème de convergence monotone ne s'applique-t-il pas directement à une suite décroissante de fonctions positives ?
Corrigé
Le théorème de convergence monotone, dans sa forme standard, est énoncé pour les suites croissantes. Pour une suite décroissante de fonctions positives, on peut obtenir un résultat analogue en appliquant le théorème à (croissante), à condition que soit intégrable — sans cette précaution supplémentaire, le résultat peut être faux.
Exercice 9
Soit . Cette suite vérifie-t-elle les hypothèses de la convergence dominée sur tout entier ?
Corrigé
Faux. Bien que pour tout fixé (car pour assez grand ), il n'existe aucune fonction intégrable sur dominant uniformément tous les : sur , atteint la valeur en , donc toute fonction dominante devrait valoir au moins sur des intervalles de longueur croissante, ce qui empêche son intégrabilité sur .
Exercice 10
Calculer en justifiant l'usage (ou non) du théorème de convergence dominée.
Corrigé
Convergence simple. Pour fixé, quand . En , pour tout . Donc simplement sur .
Recherche d'une domination uniforme. En étudiant comme fonction de (dérivée par rapport à nulle en ), on trouve que le maximum de sur est atteint en , avec . Donc pour tout et tout : la fonction constante (intégrable sur , de mesure finie) domine uniformément la suite.
Application du théorème de convergence dominée.
Exercice 11
Démontrer, en utilisant le théorème de convergence monotone, que pour une série de fonctions mesurables positives , on a (intégration terme à terme).
Corrigé
Construction de la suite croissante. Posons (somme partielle). Comme chaque , la suite est croissante : . De plus, simplement (par définition de la somme d'une série).
Application du théorème de convergence monotone.
Linéarité finie de l'intégrale. Pour chaque fixé, par linéarité de l'intégrale sur une somme finie :
Passage à la limite. En faisant dans cette dernière égalité :
Conclusion. En combinant les deux expressions de :
Ce résultat (intégration terme à terme d'une série de fonctions positives) est un outil extrêmement utilisé en pratique, notamment en probabilités (calcul d'espérances de sommes de variables aléatoires positives).
Exercice 12
Démontrer que le théorème de convergence dominée implique la continuité de en tout point (en justifiant l'échange limite-intégrale via une suite ).
Corrigé
Mise en place. Notons . Pour montrer que est continue en un point , il suffit de montrer que pour toute suite avec (et ), on a (caractérisation séquentielle de la continuité).
Convergence simple de l'intégrande. Posons sur . Par continuité de l'exponentielle et de , pour chaque fixé, quand (convergence simple).
Domination uniforme. Comme et , on a , donc pour tout et tout . La fonction constante (intégrable sur , mesure finie) domine donc uniformément la suite.
Application du théorème de convergence dominée.
Conclusion. Comme était une suite arbitraire convergeant vers , on a montré dans tous les cas, donc est continue en . Cette technique (domination uniforme par une constante, indépendante du paramètre) est extrêmement courante pour justifier la continuité ou la dérivabilité d'intégrales à paramètre.
Exercice 13
Vrai ou faux : le lemme de Fatou peut être utilisé pour démontrer le théorème de convergence dominée.
Corrigé
Vrai. La démonstration standard du théorème de convergence dominée applique le lemme de Fatou deux fois : une fois à et une fois à (où est la fonction dominante), pour encadrer et de et conclure à l'égalité .
Exercice 14
Calculer en discutant si le théorème de convergence dominée s'applique directement (réponse attendue : non directement par une constante, le résultat nécessite une analyse plus fine).
Corrigé
Observation clé. La fonction se comporte, quand , comme une approximation de l'identité (noyau de Dirac) : elle se concentre de plus en plus près de tout en gardant une intégrale totale constante. En effet, par le changement de variable :
(valeur indépendante de , confirmant la nature de noyau concentré).
Pourquoi la convergence dominée par une constante échoue ici. Comme pour l'exemple déjà rencontré, : aucune fonction fixe ne peut dominer uniformément toute la suite près de .
Calcul de la limite par un argument de noyau concentré. Comme se concentre en avec une masse totale constante, et que est continue avec , on a (résultat classique d'approximation de l'identité, analogue au théorème de convergence des noyaux de Dirac) :
Conclusion. Contrairement à l'exemple (où la limite valait ), ici la limite de l'intégrale est non triviale et non nulle (), illustrant que les suites « concentrées » sans domination uniforme nécessitent une analyse au cas par cas (souvent via la théorie des approximations de l'identité), le théorème de convergence dominée standard ne s'appliquant pas directement par une simple borne constante.
Exercice 15
Vrai ou faux : si converge vers presque partout et que , alors on peut conclure même sans domination explicite par une fonction fixe (théorème de Scheffé).
Corrigé
Vrai — c'est précisément le contenu du théorème de Scheffé, une variante du théorème de convergence dominée qui remplace l'hypothèse de domination uniforme par la convergence des normes (intégrales des valeurs absolues). Il est notamment très utilisé en théorie des probabilités pour établir la convergence de densités de probabilité.
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