Fiche récapitulative générée pour impression / export PDF.

Licence 3 · Probabilités L3 — Convergence et théorèmes limites

Fonctions génératrices et caractéristiques

Fonctions génératrices et caractéristiques

1. Fonction génératrice des moments

Pour une variable aléatoire XX, la fonction génératrice des moments est MX(t)=E[etX]M_X(t)=E[e^{tX}], définie pour les tt tels que cette espérance existe. Elle permet de retrouver les moments par dérivation :

MX(k)(0)=E[Xk]M_X^{(k)}(0) = E[X^k]

Exemple — loi exponentielle E(λ)\mathcal{E}(\lambda) : MX(t)=λλtM_X(t)=\dfrac{\lambda}{\lambda-t} pour t<λt<\lambda. En dérivant : MX(0)=1/λ=E[X]M_X'(0)=1/\lambda=E[X], MX(0)=2/λ2=E[X2]M_X''(0)=2/\lambda^2=E[X^2], retrouvant Var(X)=2/λ21/λ2=1/λ2\text{Var}(X)=2/\lambda^2-1/\lambda^2=1/\lambda^2.

2. Fonction génératrice des probabilités (variables discrètes à valeurs dans N\mathbb{N})

Pour XX à valeurs dans N\mathbb{N}, on définit GX(s)=E[sX]=k=0+P(X=k)skG_X(s)=E[s^X]=\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty}P(X=k)\,s^k pour s1|s|\leq1.

Propriétés : GX(1)=1G_X(1)=1 (normalisation), E[X]=GX(1)E[X]=G_X'(1), E[X(X1)]=GX(1)E[X(X-1)]=G_X''(1) (moment factoriel), d'où Var(X)=GX(1)+GX(1)GX(1)2\text{Var}(X)=G_X''(1)+G_X'(1)-G_X'(1)^2.

Exemple — loi de Poisson P(λ)\mathcal{P}(\lambda) : GX(s)=eλ(s1)G_X(s)=e^{\lambda(s-1)}. On vérifie GX(s)=λeλ(s1)G_X'(s)=\lambda e^{\lambda(s-1)}, donc E[X]=GX(1)=λE[X]=G_X'(1)=\lambda ; GX(s)=λ2eλ(s1)G_X''(s)=\lambda^2e^{\lambda(s-1)}, donc E[X(X1)]=λ2E[X(X-1)]=\lambda^2, d'où Var(X)=λ2+λλ2=λ\text{Var}(X)=\lambda^2+\lambda-\lambda^2=\lambda. On retrouve le résultat classique E[X]=Var(X)=λE[X]=\text{Var}(X)=\lambda.

3. Propriété fondamentale : somme de variables indépendantes

Théorème : si X,YX,Y sont indépendantes, GX+Y(s)=GX(s)GY(s)G_{X+Y}(s)=G_X(s)\cdot G_Y(s) (et de même pour MX+Y=MXMYM_{X+Y}=M_X\cdot M_Y).

Application — stabilité de Poisson : si XP(λ1)X\sim\mathcal{P}(\lambda_1), YP(λ2)Y\sim\mathcal{P}(\lambda_2) indépendantes, alors GX+Y(s)=eλ1(s1)eλ2(s1)=e(λ1+λ2)(s1)G_{X+Y}(s)=e^{\lambda_1(s-1)}\cdot e^{\lambda_2(s-1)}=e^{(\lambda_1+\lambda_2)(s-1)}, qui est exactement la fonction génératrice de P(λ1+λ2)\mathcal{P}(\lambda_1+\lambda_2). Par unicité de la fonction génératrice (deux variables à valeurs dans N\mathbb{N} ayant la même fonction génératrice ont la même loi), on conclut X+YP(λ1+λ2)X+Y\sim\mathcal{P}(\lambda_1+\lambda_2).

4. Fonction caractéristique

Pour toute variable aléatoire réelle XX (sans condition d'intégrabilité), on définit la fonction caractéristique :

φX(t)=E[eitX](tR)\varphi_X(t) = E[e^{itX}] \qquad (t\in\mathbb{R})

Elle existe toujours (car eitX=1|e^{itX}|=1), contrairement à MXM_X. Propriétés : φX(0)=1\varphi_X(0)=1, φX(t)1|\varphi_X(t)|\leq1, et le théorème d'unicité : deux variables ayant la même fonction caractéristique ont la même loi.

Exemple — loi normale N(0,1)\mathcal{N}(0,1) : φX(t)=et2/2\varphi_X(t)=e^{-t^2/2}. Pour N(μ,σ2)\mathcal{N}(\mu,\sigma^2) : φX(t)=eiμtσ2t2/2\varphi_X(t)=e^{i\mu t-\sigma^2t^2/2}.

5. Indépendance et somme : le rôle clé en analyse

Comme pour GXG_X, l'indépendance donne φX+Y=φXφY\varphi_{X+Y}=\varphi_X\cdot\varphi_Y. C'est l'outil principal pour démontrer le théorème central limite (leçon suivante) : la fonction caractéristique transforme une somme (compliquée à étudier directement) en un simple produit.

Exemple — stabilité de la loi normale : si XN(μ1,σ12)X\sim\mathcal{N}(\mu_1,\sigma_1^2), YN(μ2,σ22)Y\sim\mathcal{N}(\mu_2,\sigma_2^2) indépendantes :

φX+Y(t)=eiμ1tσ12t2/2eiμ2tσ22t2/2=ei(μ1+μ2)t(σ12+σ22)t2/2\varphi_{X+Y}(t)=e^{i\mu_1t-\sigma_1^2t^2/2}\cdot e^{i\mu_2t-\sigma_2^2t^2/2}=e^{i(\mu_1+\mu_2)t-(\sigma_1^2+\sigma_2^2)t^2/2}

qui est la fonction caractéristique de N(μ1+μ2,σ12+σ22)\mathcal{N}(\mu_1+\mu_2,\sigma_1^2+\sigma_2^2) : la somme de deux gaussiennes indépendantes est encore gaussienne.

6. Récapitulatif


OutilDéfinitionAvantage
|---|---|---|



Fonction génératrice des momentsMX(t)=E[etX]M_X(t)=E[e^{tX}]MX(k)(0)=E[Xk]M_X^{(k)}(0)=E[X^k]
Fonction génératrice (discret N\mathbb{N})GX(s)=E[sX]G_X(s)=E[s^X]GX(1)=E[X]G_X'(1)=E[X]
Fonction caractéristiqueφX(t)=E[eitX]\varphi_X(t)=E[e^{itX}]toujours définie, déterminé la loi
IndépendanceGX+Y=GXGYG_{X+Y}=G_XG_Y, φX+Y=φXφY\varphi_{X+Y}=\varphi_X\varphi_Y

Exercices de la leçon

Exercice 1

Quelle est la définition de la fonction génératrice des moments MX(t)M_X(t) ?

Corrigé

La fonction génératrice des moments est définie par MX(t)=E[etX]M_X(t)=E[e^{tX}] (à ne pas confondre avec la fonction caractéristique φX(t)=E[eitX]\varphi_X(t)=E[e^{itX}], qui utilise l'exponentielle imaginaire).

Exercice 2

Vrai ou faux : la fonction caractéristique φX(t)=E[eitX]\varphi_X(t)=E[e^{itX}] est toujours bien définie pour tout tRt\in\mathbb{R}, quelle que soit la loi de XX.

Corrigé

Vrai. Comme eitX=1|e^{itX}|=1 pour tout t,Xt,X réels, l'espérance E[eitX]E[e^{itX}] existe toujours (l'intégrande est borné), contrairement à MX(t)=E[etX]M_X(t)=E[e^{tX}] qui peut diverger pour certaines lois à queue lourde.

Exercice 3

Pour XP(λ)X\sim\mathcal{P}(\lambda) (Poisson), quelle est la fonction génératrice GX(s)G_X(s) ?

Corrigé

GX(s)=k=0+λkeλk!sk=eλk=0+(λs)kk!=eλeλs=eλ(s1)G_X(s)=\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty}\dfrac{\lambda^ke^{-\lambda}}{k!}s^k=e^{-\lambda}\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty}\dfrac{(\lambda s)^k}{k!}=e^{-\lambda}e^{\lambda s}=e^{\lambda(s-1)}.

Exercice 4

Si X,YX,Y sont indépendantes, comment s'exprime φX+Y(t)\varphi_{X+Y}(t) en fonction de φX\varphi_X et φY\varphi_Y ?

Corrigé

Par indépendance, E[eit(X+Y)]=E[eitXeitY]=E[eitX]E[eitY]=φX(t)φY(t)E[e^{it(X+Y)}]=E[e^{itX}e^{itY}]=E[e^{itX}]E[e^{itY}]=\varphi_X(t)\varphi_Y(t).

Exercice 5

Vrai ou faux : la somme de deux variables gaussiennes indépendantes est encore gaussienne.

Corrigé

Vrai. La loi normale est dite stable : la fonction caractéristique de X+YX+Y se calcule comme le produit des deux fonctions caractéristiques gaussiennes, ce qui redonne exactement la forme caractéristique d'une nouvelle gaussienne N(μ1+μ2,σ12+σ22)\mathcal{N}(\mu_1+\mu_2,\sigma_1^2+\sigma_2^2).

Exercice 6

Pour XE(λ)X\sim\mathcal{E}(\lambda), MX(t)=λλtM_X(t)=\dfrac{\lambda}{\lambda-t} pour t<λt<\lambda. Calculer E[X]E[X] via MX(0)M_X'(0).

Corrigé

MX(t)=λ(λt)1M_X(t)=\lambda(\lambda-t)^{-1}, donc MX(t)=λ(λt)2M_X'(t)=\lambda(\lambda-t)^{-2}, et MX(0)=λ/λ2=1/λM_X'(0)=\lambda/\lambda^2=1/\lambda, ce qui correspond bien à E[X]=1/λE[X]=1/\lambda pour E(λ)\mathcal{E}(\lambda).

Exercice 7

Pour XP(3)X\sim\mathcal{P}(3) et YP(5)Y\sim\mathcal{P}(5) indépendantes, quelle est la loi de X+YX+Y ?

Corrigé

Par la propriété de stabilité (produit des fonctions génératrices), GX+Y(s)=e3(s1)e5(s1)=e8(s1)G_{X+Y}(s)=e^{3(s-1)}e^{5(s-1)}=e^{8(s-1)}, donc X+YP(3+5)=P(8)X+Y\sim\mathcal{P}(3+5)=\mathcal{P}(8).

Exercice 8

Vrai ou faux : si deux variables aléatoires ont la même fonction caractéristique, elles ont nécessairement la même loi.

Corrigé

Vrai, c'est le théorème d'unicité (ou d'inversion) de la fonction caractéristique — l'application XφXX\mapsto\varphi_X est injective sur l'ensemble des lois de probabilité, ce qui justifie son usage pour identifier des lois (comme à l'exercice 7).

Exercice 9

Soit XX une variable de Bernoulli de paramètre pp. Quelle est sa fonction génératrice GX(s)G_X(s) ?

Corrigé

GX(s)=P(X=0)s0+P(X=1)s1=(1p)+psG_X(s)=P(X=0)s^0+P(X=1)s^1=(1-p)+ps.

Exercice 10

Si XBin(n,p)X\sim\text{Bin}(n,p) (binomiale), justifier que GX(s)=((1p)+ps)nG_X(s)=\big((1-p)+ps\big)^n à partir de la décomposition en somme de nn Bernoulli indépendantes.

Corrigé

Une variable Bin(n,p)\text{Bin}(n,p) se représente comme X=X1++XnX=X_1+\cdots+X_n où les XiX_i sont des variables de Bernoulli(pp) indépendantes (par exemple, le nombre de succès en nn répétitions indépendantes d'une expérience de probabilité de succès pp).

Par la propriété de multiplicativité de la fonction génératrice sous indépendance :

GX(s)=GX1++Xn(s)=GX1(s)××GXn(s)=((1p)+ps)nG_X(s) = G_{X_1+\cdots+X_n}(s) = G_{X_1}(s)\times\cdots\times G_{X_n}(s) = \big((1-p)+ps\big)^n

puisque chaque GXi(s)=(1p)+psG_{X_i}(s)=(1-p)+ps (exercice précédent).

Exercice 11

À partir de GX(s)=((1p)+ps)nG_X(s)=\big((1-p)+ps\big)^n pour XBin(n,p)X\sim\text{Bin}(n,p), retrouver E[X]=npE[X]=np en calculant GX(1)G_X'(1).

Corrigé

On dérive GX(s)=((1p)+ps)nG_X(s)=\big((1-p)+ps\big)^n par la règle de la chaîne :

GX(s)=n((1p)+ps)n1pG_X'(s) = n\big((1-p)+ps\big)^{n-1}\cdot p

En évaluant en s=1s=1 : (1p)+p1=1(1-p)+p\cdot1=1, donc :

GX(1)=n1n1p=npG_X'(1) = n\cdot1^{n-1}\cdot p = np

On retrouve bien E[X]=GX(1)=npE[X]=G_X'(1)=np, conforme à la formule connue de l'espérance binomiale. \square

Exercice 12

Démontrer, en utilisant les fonctions caractéristiques, que si XN(0,1)X\sim\mathcal{N}(0,1) et Y=aX+bY=aX+b (a0a\neq0, bRb\in\mathbb{R}), alors YN(b,a2)Y\sim\mathcal{N}(b,a^2).

Corrigé

Calcul direct :

φY(t)=E[eit(aX+b)]=eitbE[ei(at)X]=eitbφX(at)\varphi_Y(t) = E\big[e^{it(aX+b)}\big] = e^{itb}\,E\big[e^{i(at)X}\big] = e^{itb}\,\varphi_X(at)

Comme XN(0,1)X\sim\mathcal{N}(0,1), on a φX(u)=eu2/2\varphi_X(u)=e^{-u^2/2}, donc en substituant u=atu=at :

φY(t)=eitbe(at)2/2=eitba2t22\varphi_Y(t) = e^{itb}\cdot e^{-(at)^2/2} = e^{itb - \frac{a^2t^2}{2}}

C'est exactement la forme générale φN(μ,σ2)(t)=eiμtσ2t2/2\varphi_{\mathcal{N}(\mu,\sigma^2)}(t)=e^{i\mu t-\sigma^2t^2/2} avec μ=b\mu=b et σ2=a2\sigma^2=a^2. Par le théorème d'unicité de la fonction caractéristique, YY suit donc la loi N(b,a2)\mathcal{N}(b,a^2). \square Ce résultat justifie la standardisation Z=(Xμ)/σZ=(X-\mu)/\sigma utilisée systématiquement en pratique.

Exercice 13

Soit XX une variable géométrique sur N\mathbb{N}^* de paramètre pp (P(X=k)=(1p)k1pP(X=k)=(1-p)^{k-1}p). Calculer GX(s)=E[sX]G_X(s)=E[s^X] pour s<1/(1p)|s|<1/(1-p).

Corrigé

GX(s)=k=1+(1p)k1psk=psk=1+((1p)s)k1=psj=0+((1p)s)jG_X(s) = \sum_{k=1}^{+\infty} (1-p)^{k-1}p\,s^k = ps\sum_{k=1}^{+\infty} \big((1-p)s\big)^{k-1} = ps\sum_{j=0}^{+\infty}\big((1-p)s\big)^j

C'est une série géométrique de raison (1p)s(1-p)s, convergente si (1p)s<1|(1-p)s|<1, c'est-à-dire s<1/(1p)|s|<1/(1-p). Sa somme est 11(1p)s\dfrac{1}{1-(1-p)s}, donc :

GX(s)=ps1(1p)sG_X(s) = \frac{ps}{1-(1-p)s}

Exercice 14

Vrai ou faux : pour deux variables X,YX,Y indépendantes à valeurs dans N\mathbb{N}, la fonction génératrice de max(X,Y)\max(X,Y) est égale au produit GX(s)GY(s)G_X(s)\cdot G_Y(s).

Corrigé

Faux. La propriété GX+Y=GXGYG_{X+Y}=G_XG_Y ne concerne que la somme X+YX+Y, pas le maximum. Pour max(X,Y)\max(X,Y), on utilise plutôt la fonction de répartition : P(max(X,Y)k)=P(Xk)P(Yk)P(\max(X,Y)\leq k)=P(X\leq k)P(Y\leq k) (par indépendance), ce qui ne se traduit pas simplement en un produit de fonctions génératrices.

Exercice 15

On considère NP(λ)N\sim\mathcal{P}(\lambda) et, conditionnellement à N=nN=n, X=i=1nBiX=\sum_{i=1}^n B_i où les BiB_i sont des Bernoulli(pp) i.i.d. indépendantes de NN (modèle de Poisson composé / amincissement). Montrer que XP(λp)X\sim\mathcal{P}(\lambda p) en utilisant les fonctions génératrices.

Corrigé

Étape 1 — conditionnement. Sachant N=nN=n, XX est une somme de nn Bernoulli(pp) indépendantes, donc GXN=n(s)=((1p)+ps)nG_{X|N=n}(s)=\big((1-p)+ps\big)^n (résultat de l'exercice 10 généralisé).

Étape 2 — espérance totale. Par la formule de l'espérance conditionnelle :

GX(s)=E[sX]=E[E[sXN]]=E[((1p)+ps)N]G_X(s) = E[s^X] = E\big[E[s^X\mid N]\big] = E\Big[\big((1-p)+ps\big)^N\Big]

On reconnaît à droite GNG_N évaluée en (1p)+ps(1-p)+ps (puisque GN(u)=E[uN]G_N(u)=E[u^N]) :

GX(s)=GN((1p)+ps)G_X(s) = G_N\big((1-p)+ps\big)

Étape 3 — substitution. Comme NP(λ)N\sim\mathcal{P}(\lambda), GN(u)=eλ(u1)G_N(u)=e^{\lambda(u-1)}. En posant u=(1p)+psu=(1-p)+ps :

GX(s)=eλ((1p)+ps1)=eλ(psp)=eλp(s1)G_X(s) = e^{\lambda\big((1-p)+ps-1\big)} = e^{\lambda(ps-p)} = e^{\lambda p(s-1)}

C'est exactement la fonction génératrice de P(λp)\mathcal{P}(\lambda p). Par unicité, XP(λp)X\sim\mathcal{P}(\lambda p). \square Ce résultat (« amincissement de Poisson ») est très utilisé en théorie des files d'attente et en statistique des événements rares.

AlphaMath Académie · Fonctions génératrices et caractéristiques · Probabilités L3 — Convergence et théorèmes limites