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Licence 2 · Topologie L2 — Espaces métriques

Compacité et connexité

Compacité et connexité

1. Compacité séquentielle

Soit (E,d)(E,d) un espace métrique. Une partie KEK\subset E est compacte (au sens séquentiel — c'est l'approche la plus pédagogique en espace métrique, équivalente à la compacité par recouvrements ouverts) si toute suite d'éléments de KK admet une sous-suite convergeant vers un élément de KK.

Définition par recouvrements (équivalente, pour information) : KK est compacte si de tout recouvrement de KK par des ouverts, on peut extraire un sous-recouvrement fini. En dimension finie, les deux définitions coïncident (théorème de Borel-Lebesgue) ; nous privilégions ici la formulation séquentielle, plus maniable au niveau L2.

Propriété immédiate : un compact est nécessairement fermé et borné.

Idée de preuve (fermé) : si xnKx_n\in K converge vers E\ell\in E, alors toute sous-suite converge aussi vers \ell ; par compacité une sous-suite converge vers un élément de KK, donc K\ell\in K par unicité de la limite. Idée de preuve (borné) : si KK n'était pas bornée, on pourrait construire une suite (xn)(x_n) de KK avec d(xn,x0)d(x_n,x_0)\to\infty, qui n'admettrait alors aucune sous-suite convergente.

2. Théorème de Heine-Borel (admis)

Théorème (Heine-Borel, cas Rn\mathbb{R}^n) : une partie KRnK\subset\mathbb{R}^n est compacte si et seulement si elle est fermée et bornée.

C'est un résultat spécifique à la dimension finie (et plus généralement à Rn\mathbb{R}^n muni de la distance euclidienne, ou de toute distance équivalente comme d1,d2,dd_1,d_2,d_\infty) : en dimension infinie, fermé + borné ne suffit plus à garantir la compacité.

Théorème de Bolzano-Weierstrass (admis) : toute suite bornée de Rn\mathbb{R}^n admet une sous-suite convergente. C'est essentiellement le cœur de la preuve de Heine-Borel : sur un fermé borné, toute suite est bornée donc (Bolzano-Weierstrass) admet une sous-suite convergente, dont la limite reste dans le fermé.

Exemples : [0,1][0,1], [a,b][a,b], toute boule fermée B(x0,r)\overline{B}(x_0,r) dans Rn\mathbb{R}^n, tout ensemble fini, sont compacts. En revanche, R\mathbb{R} n'est pas compact (non borné), ]0,1[]0,1[ n'est pas compact (non fermé : la suite 1/n0]0,1[1/n\to0\notin\,]0,1[ n'a pas de sous-suite convergeant dans ]0,1[]0,1[), Q[0,1]\mathbb{Q}\cap[0,1] n'est pas compact (non fermé dans R\mathbb{R}, bien que borné).

3. Propriétés des compacts

Image continue d'un compact : si f:KFf:K\to F est continue et KK compact, alors f(K)f(K) est compact. En particulier, si f:KRf:K\to\mathbb{R} est continue sur un compact, ff est bornée et atteint ses bornes (théorème des bornes atteintes, généralisation du résultat connu sur [a,b][a,b]).

Intersection et réunion : une intersection quelconque de compacts est compacte (c'est un fermé inclus dans un compact donné, donc borné). Une réunion finie de compacts est compacte.

4. Connexité

Une partie AEA\subset E (ou l'espace EE tout entier) est connexe si elle ne peut pas s'écrire comme réunion de deux ouverts (relatifs à AA) non vides et disjoints. De façon équivalente, AA est connexe si les seules parties de AA à la fois ouvertes et fermées dans AA sont \emptyset et AA lui-même.

Intuition : un connexe est "fait d'un seul morceau", on ne peut pas le séparer en deux ouverts disjoints non vides.

Théorème : les parties connexes de R\mathbb{R} sont exactement les intervalles (y compris R\mathbb{R}, les demi-droites, les singletons, \emptyset).

Idée de preuve (intervalle \Rightarrow connexe) : si II n'était pas connexe, I=U1U2I=U_1\cup U_2 avec U1,U2U_1,U_2 ouverts relatifs non vides disjoints. En prenant aU1a\in U_1, bU2b\in U_2 (disons a<ba<b), et c=sup{x[a,b]:xU1}c=\sup\{x\in[a,b]: x\in U_1\}, on montre que cc ne peut être ni dans U1U_1 ni dans U2U_2, contredisant cI=U1U2c\in I=U_1\cup U_2 (c'est l'argument standard utilisant la propriété de la borne supérieure de R\mathbb{R}). Idée de preuve (non-intervalle \Rightarrow non connexe) : si AA n'est pas un intervalle, il existe a<c<ba<c<b avec a,bAa,b\in A et cAc\notin A ; alors A],c[A\cap\,]-\infty,c[ et A]c,+[A\cap\,]c,+\infty[ forment une partition de AA en deux ouverts relatifs non vides disjoints.

Image continue d'un connexe : si ff est continue sur AA connexe, alors f(A)f(A) est connexe. C'est la formulation topologique du théorème des valeurs intermédiaires : l'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.

5. Connexité par arcs (notion complémentaire)

AA est connexe par arcs si pour tous x,yAx,y\in A, il existe un chemin continu γ:[0,1]A\gamma:[0,1]\to A avec γ(0)=x\gamma(0)=x, γ(1)=y\gamma(1)=y. La connexité par arcs implique la connexité (mais la réciproque est fausse en général — exemple classique : le "peigne du topologue", hors-programme ici). Pour les parties usuelles de Rn\mathbb{R}^n (ouverts, convexes), les deux notions coïncident en pratique.

6. Exemple résolu de synthèse

Énoncé : A=[0,1][2,3]RA=[0,1]\cup[2,3]\subset\mathbb{R} est-il compact ? Est-il connexe ?

Résolution : AA est compact : c'est une réunion finie de deux compacts [0,1][0,1] et [2,3][2,3] (fermés bornés de R\mathbb{R}, donc compacts par Heine-Borel), donc AA est compact (réunion finie de compacts). En revanche AA n'est pas connexe : A=(A]1,1,5[)(A]1,5,4[)=[0,1][2,3]A = (A\cap\,]-1,1{,}5[) \cup (A\cap\,]1{,}5,4[) = [0,1]\cup[2,3], qui sont deux ouverts relatifs de AA, non vides, disjoints. AA n'est d'ailleurs pas un intervalle, ce qui confirme par le théorème de caractérisation qu'il n'est pas connexe.

Exercices de la leçon

Exercice 1

Parmi les parties suivantes de R\mathbb{R}, laquelle est compacte ?

Corrigé

[0,1][0,1] est fermé et borné, donc compact par Heine-Borel. ]0,1[]0,1[ n'est pas fermé, R\mathbb{R} n'est pas borné, Q[0,1]\mathbb{Q}\cap[0,1] n'est pas fermé dans R\mathbb{R} (son adhérence est [0,1][0,1], plus grande).

Exercice 2

Vrai ou faux : tout compact est fermé et borné.

Corrigé

Vrai, c'est une propriété générale des compacts dans tout espace métrique (la réciproque, elle, n'est vraie qu'en dimension finie, par le théorème de Heine-Borel).

Exercice 3

L'intervalle ]0,2]]0,2] est-il un connexe de R\mathbb{R} ?

Corrigé

Les parties connexes de R\mathbb{R} sont exactement les intervalles, qu'ils soient ouverts, fermés, semi-ouverts ou non bornés. ]0,2]]0,2] est un intervalle, donc il est connexe — la connexité ne dépend pas du caractère ouvert/fermé/compact.

Exercice 4

Vrai ou faux : {0,1}R\{0,1\}\subset\mathbb{R} (muni de la distance usuelle) est connexe.

Corrigé

Faux. {0,1}\{0,1\} n'est pas un intervalle (il manque tous les réels entre 00 et 11), donc il n'est pas connexe : on peut le séparer en {0}={0,1}]1,0,5[\{0\}=\{0,1\}\cap\,]-1,0{,}5[ et {1}={0,1}]0,5,2[\{1\}=\{0,1\}\cap\,]0{,}5,2[, deux ouverts relatifs disjoints non vides.

Exercice 5

Une fonction continue f:[0,1]Rf:[0,1]\to\mathbb{R} est-elle nécessairement bornée et atteint-elle ses bornes ?

Corrigé

Oui. [0,1][0,1] est compact (Heine-Borel : fermé et borné). L'image continue d'un compact est compacte, donc f([0,1])f([0,1]) est un compact de R\mathbb{R}, donc fermé et borné. Étant fermé et borné, f([0,1])f([0,1]) contient supf([0,1])\sup f([0,1]) et inff([0,1])\inf f([0,1]) (un fermé borné non vide de R\mathbb{R} contient toujours son sup et son inf). Donc ff est bornée et atteint ses deux bornes : c'est le théorème des bornes atteintes.

Exercice 6

Montrer que A={1/n:n1}RA=\{1/n : n\geq1\}\subset\mathbb{R} n'est pas compact, mais que A{0}A\cup\{0\} l'est.

Corrigé

AA n'est pas compact : la suite (1/n)n1(1/n)_{n\geq1} est à valeurs dans AA et converge vers 00 dans R\mathbb{R}, mais 0A0\notin A. Aucune sous-suite de (1/n)(1/n) ne peut donc converger vers un élément de AA (toute sous-suite d'une suite convergente converge vers la même limite 00). Donc AA n'est pas séquentiellement compact ; de façon équivalente AA n'est pas fermé. A{0}A\cup\{0\} est compact : il est borné (inclus dans [0,1][0,1]) et fermé (on a ajouté le seul point d'accumulation manquant, donc toute suite convergente d'éléments de A{0}A\cup\{0\} a sa limite dans A{0}A\cup\{0\}). Par Heine-Borel, A{0}A\cup\{0\} est compact.

Exercice 7

Vrai ou faux : une réunion infinie de compacts de R\mathbb{R} est toujours compacte.

Corrigé

Faux. Seule une réunion finie de compacts est garantie compacte. Contre-exemple : n1[n,n+1]\bigcup_{n\geq1}[n,n+1] (réunion infinie de segments compacts) n'est pas bornée, donc pas compacte.

Exercice 8

L'ensemble K={(x,y)R2:x2+y24}K=\{(x,y)\in\mathbb{R}^2 : x^2+y^2\leq4\} est-il compact ? Justifier par Heine-Borel.

Corrigé

KK est le disque fermé de rayon 22. Fermé : KK est l'image réciproque de [0,4][0,4] (fermé de R\mathbb{R}) par l'application continue (x,y)x2+y2(x,y)\mapsto x^2+y^2, donc KK est fermé. Borné : pour (x,y)K(x,y)\in K, d2((x,y),(0,0))=x2+y22d_2((x,y),(0,0))=\sqrt{x^2+y^2}\leq2, donc KB(0,2)K\subset\overline{B}(0,2) : KK est borné. Par le théorème de Heine-Borel (valable dans Rn\mathbb{R}^n, ici n=2n=2), fermé + borné \Rightarrow compact. Donc KK est compact.

Exercice 9

Pourquoi le théorème de Heine-Borel (fermé+borné     \iff compact) est-il spécifique à la dimension finie ?

Corrigé

En dimension infinie, le théorème de Riesz affirme que la boule unité fermée d'un espace vectoriel normé n'est compacte que si l'espace est de dimension finie. Par exemple, dans C([0,1],R)\mathcal C([0,1],\mathbb R) muni de \|\cdot\|_\infty, on peut construire une suite de fonctions dans la boule unité fermée qui n'admet aucune sous-suite convergente (pas assez de \"place\" pour que les suites s'accumulent, contrairement à Rn\mathbb{R}^n où Bolzano-Weierstrass garantit toujours une sous-suite convergente pour une suite bornée). C'est pourquoi le programme de L3 (analyse fonctionnelle) doit redéfinir des notions de compacité plus fines (compacité faible, etc.) en dimension infinie.

Exercice 10

Montrer que si K1,K2K_1,K_2 sont compacts dans (E,d)(E,d), alors K1K2K_1\cup K_2 est compact (en utilisant la définition séquentielle).

Corrigé

Soit (xn)(x_n) une suite à valeurs dans K1K2K_1\cup K_2. Par le principe des tiroirs, au moins l'un des deux ensembles, disons K1K_1, contient une infinité de termes xnkx_{n_k} de la suite. On extrait ainsi une sous-suite (xnk)(x_{n_k}) à valeurs dans K1K_1. Comme K1K_1 est compact, cette sous-suite admet elle-même une sous-suite (xnkj)(x_{n_{k_j}}) convergente vers un élément de K1K1K2K_1\subset K_1\cup K_2. On a donc extrait de (xn)(x_n) une sous-suite convergente vers un élément de K1K2K_1\cup K_2. Ceci étant vrai pour toute suite de K1K2K_1\cup K_2, l'ensemble est (séquentiellement) compact.

Exercice 11

Soit f:RRf:\mathbb{R}\to\mathbb{R} continue. Montrer que f(R)f(\mathbb{R}) est un intervalle (utiliser la connexité).

Corrigé

R\mathbb{R} est un intervalle, donc connexe (théorème de caractérisation des connexes de R\mathbb{R}). Par le théorème \"image continue d'un connexe est connexe\", f(R)f(\mathbb{R}) est une partie connexe de R\mathbb{R}. Or les parties connexes de R\mathbb{R} sont exactement les intervalles. Donc f(R)f(\mathbb{R}) est un intervalle. C'est une reformulation purement topologique du théorème des valeurs intermédiaires : ff ne peut pas \"sauter\" de valeurs.

Exercice 12

Vrai ou faux : si AA et BB sont deux parties connexes de Rn\mathbb{R}^n avec ABA\cap B\neq\emptyset, alors ABA\cup B est connexe.

Corrigé

Vrai. C'est une propriété générale de la connexité : deux connexes d'intersection non vide ont une réunion connexe. Intuitivement, le point commun \"relie\" les deux morceaux, empêchant toute séparation en deux ouverts disjoints non vides de ABA\cup B.

Exercice 13

Le groupe des matrices orthogonales O(2)={MM2(R):MTM=I}O(2)=\{M\in\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) : M^TM=I\} est-il compact ? Est-il connexe ?

Corrigé

Compact : O(2)O(2) est l'image réciproque de la matrice identité II par l'application continue MMTMM\mapsto M^TM, donc O(2)O(2) est fermé dans M2(R)R4\mathcal M_2(\mathbb R)\cong\mathbb R^4. Il est borné car les colonnes de MO(2)M\in O(2) sont des vecteurs unitaires, donc les coefficients de MM sont bornés par 11. Par Heine-Borel (dans R4\mathbb R^4), O(2)O(2) est compact. Non connexe : l'application det:O(2)R\det:O(2)\to\mathbb R est continue et ne prend que les valeurs +1+1 (rotations SO(2)SO(2)) ou 1-1 (réflexions). Si O(2)O(2) était connexe, son image par det\det (continue) serait un intervalle, or {1,+1}\{-1,+1\} n'est pas un intervalle — contradiction. Donc O(2)O(2) n'est pas connexe ; il a exactement deux composantes connexes, SO(2)SO(2) et son complémentaire.

Exercice 14

Soit KK un compact non vide de R\mathbb{R}. Montrer que supK\sup K et infK\inf K appartiennent à KK.

Corrigé

KK compact \Rightarrow KK fermé et borné, donc supK\sup K et infK\inf K existent (borne supérieure/inférieure d'un ensemble borné non vide de R\mathbb{R}). Par caractérisation du sup, pour tout ε=1/n\varepsilon=1/n, il existe xnKx_n\in K avec supK1/n<xnsupK\sup K - 1/n < x_n \leq \sup K. La suite (xn)(x_n) converge donc vers supK\sup K. Comme KK est fermé, et que (xn)(x_n) est une suite de KK convergente (dans R\mathbb{R}), sa limite supK\sup K appartient à KK (caractérisation séquentielle des fermés). Même argument pour infK\inf K.

Exercice 15

Donner un exemple de partie de R2\mathbb{R}^2 qui est connexe mais pas compacte, et un exemple qui est compacte mais pas connexe.

Corrigé

Connexe non compacte : le disque ouvert B((0,0),1)R2B((0,0),1)\subset\mathbb{R}^2. Il est connexe (convexe, donc connexe par arcs, donc connexe), mais non compact car non fermé (la suite (11/n,0)(1-1/n,0) converge vers (1,0)(1,0), hors du disque ouvert). Autre exemple plus simple : R2\mathbb{R}^2 tout entier, connexe mais non borné donc non compact. Compacte non connexe : K=B((0,0),1)B((10,0),1)K=\overline{B}((0,0),1)\cup\overline{B}((10,0),1), réunion de deux disques fermés disjoints et bien séparés. KK est compact (réunion finie de compacts), mais non connexe : on peut séparer KK en deux ouverts relatifs disjoints non vides, par exemple via les ouverts {x<5}\{x<5\} et {x>5}\{x>5\} de R2\mathbb{R}^2 intersectés avec KK.

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