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Licence 2 · Topologie L2 — Espaces métriques
Ouverts, fermés et voisinages
Ouverts, fermés et voisinages
1. Parties ouvertes
Soit un espace métrique. Une partie est ouverte (ou un ouvert) si pour tout , il existe tel que . Intuitivement, autour de chaque point de , il y a encore un peu de marge dans .
Exemples : toute boule ouverte est un ouvert (si , poser ; pour , , donc ). L'ensemble vide et tout entier sont toujours ouverts.
Propriétés fondamentales :
1. Une réunion quelconque d'ouverts est un ouvert.
2. Une intersection finie d'ouverts est un ouvert.
Preuve de 1 : soit une famille d'ouverts, , et . Alors pour un certain , donc il existe avec .
Preuve de 2 : soient ouverts, , et . Pour chaque , il existe avec . Posons (minimum d'un nombre fini de réels strictement positifs). Alors pour tout , donc .
Attention : une intersection infinie d'ouverts n'est pas forcément ouverte. Exemple : dans , qui n'est pas ouvert.
2. Parties fermées
Une partie est fermée si son complémentaire est ouvert.
Exemples : toute boule fermée est fermée. Un singleton est fermé. et sont fermés (et ouverts).
Propriétés (duales des ouverts, par passage au complémentaire) :
1. Une intersection quelconque de fermés est fermée.
2. Une réunion finie de fermés est fermée.
Attention : une partie peut n'être ni ouverte ni fermée (ex : dans ), ou être à la fois ouverte et fermée (ex : tout entier, ou , ou dans l'espace discret, toute partie est à la fois ouverte et fermée).
Caractérisation séquentielle des fermés : est fermée si et seulement si pour toute suite d'éléments de qui converge dans vers une limite , on a (autrement dit, est "stable par passage à la limite").
3. Intérieur et adhérence
Soit une partie quelconque.
Intérieur de : (ou ) est le plus grand ouvert contenu dans : . C'est la réunion de tous les ouverts inclus dans .
Adhérence de : est le plus petit fermé contenant : . C'est l'intersection de tous les fermés contenant .
Lien avec la distance : . (C'est la propriété annoncée à la fin de la leçon précédente.)
Caractérisation séquentielle : si et seulement s'il existe une suite d'éléments de telle que .
Relation de dualité : et .
Exemple : dans , pour , on a (déjà ouvert) et . Pour , (aucun intervalle ouvert n'est inclus dans ) et (densité de dans ).
Frontière : . C'est l'ensemble des points "au bord" de . Pour , .
4. Voisinages
Une partie est un voisinage du point si contient un ouvert contenant — de façon équivalente, s'il existe tel que .
Remarque : un ouvert est voisinage de chacun de ses points (c'est même la définition d'un ouvert reformulée). Un voisinage n'a pas besoin d'être ouvert lui-même : par exemple est un voisinage de dans (il contient ) bien qu'il ne soit pas ouvert.
Caractérisation de l'adhérence via les voisinages : si et seulement si tout voisinage de rencontre .
5. Exemple résolu de synthèse
Énoncé : Dans , déterminer , et pour .
Résolution : L'intérieur : tout point de admet une boule (un intervalle) incluse dans , donc . Le point n'est pas intérieur : toute boule contient des points qui ne sont pas dans . Le point n'est pas non plus intérieur (c'est un point isolé). Donc . L'adhérence : (il faut ajouter le point , limite de points de ), et est déjà fermé. Donc . La frontière : .
Exercices de la leçon
Exercice 1
Dans , l'intervalle est-il ouvert, fermé, ni l'un ni l'autre ?
Corrigé
n'est pas ouvert car aucune boule centrée en n'est incluse dans (toute boule contient des points négatifs). Il n'est pas fermé car son complémentaire n'est pas ouvert (le point n'a pas de boule incluse dans ce complémentaire, puisque les points juste avant sont dans ).
Exercice 2
Vrai ou faux : une réunion infinie d'ouverts est toujours un ouvert.
Corrigé
Vrai. C'est une propriété valable pour une réunion quelconque (finie ou infinie) d'ouverts, contrairement à l'intersection où seul le cas fini est garanti.
Exercice 3
Vrai ou faux : une intersection infinie d'ouverts est toujours un ouvert.
Corrigé
Faux. Contre-exemple classique : , qui n'est pas ouvert dans .
Exercice 4
Dans , que vaut l'adhérence de l'ensemble des rationnels ?
Corrigé
est dense dans : tout réel est limite d'une suite de rationnels (par exemple ses troncatures décimales). Donc .
Exercice 5
Donner un exemple de partie de qui est à la fois ouverte et fermée, autre que et , ou justifier qu'il n'en existe pas.
Corrigé
Il n'existe pas d'autre exemple dans . C'est une conséquence du fait que est connexe (notion vue dans la leçon suivante) : dans un espace connexe, les seules parties simultanément ouvertes et fermées sont et l'espace entier. (Dans un espace discret en revanche, toute partie est ouverte et fermée — la situation est très différente.)
Exercice 6
Déterminer l'intérieur, l'adhérence et la frontière de dans .
Corrigé
Intérieur : car tout intervalle ouvert non vide contient des nombres non entiers, donc aucune boule n'est incluse dans . Adhérence : est fermé (son complémentaire est une réunion d'ouverts, donc ouvert), donc . Frontière : . Chaque point de est donc un point frontière, ce qui est cohérent avec l'intuition de points isolés.
Exercice 7
Montrer que dans un espace métrique , le singleton est toujours fermé.
Corrigé
Soit . Par séparation, ; posons . Si , alors , donc (sinon , ce qui contredirait ). Ainsi : le complémentaire de est ouvert (chacun de ses points possède une boule incluse dans lui), donc est fermé.
Exercice 8
Vrai ou faux : si est un voisinage de et , alors est aussi un voisinage de .
Corrigé
Vrai. voisinage de signifie qu'il existe avec . Comme , on a aussi , donc est un voisinage de . Les voisinages d'un point forment un système stable par sur-ensemble.
Exercice 9
Soit deux parties de . Montrer que .
Corrigé
Sens : est une réunion finie de deux fermés, donc c'est un fermé contenant . Comme est le plus petit fermé contenant , on a . Sens : donc (l'adhérence est croissante pour l'inclusion, car le plus petit fermé contenant un sur-ensemble contient le plus petit fermé contenant le sous-ensemble). De même . Donc . Les deux inclusions donnent l'égalité. (Attention : ce résultat est faux pour une réunion infinie, par exemple alors que ne contient pas .)
Exercice 10
Montrer que pour toutes parties de .
Corrigé
Sens : comme , on a (croissance de l'opérateur intérieur). De même . Donc . Sens : est une intersection finie de deux ouverts, donc c'est un ouvert. Il est inclus dans (car et ). Comme est le plus grand ouvert inclus dans , on a . D'où l'égalité (contrairement à la réunion, ce résultat est valable même si l'on remplace l'intersection finie par une intersection... non, attention, ceci reste vrai seulement pour un nombre fini d'ensembles, par dualité avec le résultat sur ).
Exercice 11
Soit . Montrer que (la frontière d'un ensemble égale la frontière de son complémentaire).
Corrigé
Rappel des relations de dualité : et . Alors (en utilisant ). Cette expression est symétrique en et : . Donc . Intuitivement, la frontière sépare de son complémentaire, donc elle est commune aux deux.
Exercice 12
Vrai ou faux : si et seulement si est un voisinage de .
Corrigé
Vrai. Par définition, est un voisinage de s'il existe tel que — c'est exactement la définition de . Les deux notions coïncident.
Exercice 13
Soit et (disque ouvert unité). Déterminer .
Corrigé
est ouvert (boule ouverte pour ), donc . Son adhérence est (le disque fermé : tout point du cercle est limite de points de , par exemple en suivant le rayon depuis l'origine). Donc , le cercle unité — conforme à l'intuition géométrique de « bord » du disque.
Exercice 14
Montrer que dans l'espace discret (où pour ), toute partie est à la fois ouverte et fermée.
Corrigé
Soit . La boule . Or pour , . Donc . Ceci montre que est ouvert, quel que soit . Comme tout sous-ensemble de est ouvert, en particulier est ouvert, donc est aussi fermé. Conclusion : dans l'espace discret, toutes les parties sont simultanément ouvertes et fermées — la topologie discrète est l'opposé de la topologie connexe de .
Exercice 15
Soit une suite de fermés non vides de , emboîtés () et bornés, avec . Que peut-on dire de ? (Théorème des fermés emboîtés, admis pour complet.)
Corrigé
est réduite à exactement un point. C'est le théorème des fermés emboîtés (ou théorème de Cantor), valable car est complet. Idée de preuve : on choisit pour chaque ; comme sont emboîtés et de diamètre tendant vers , est une suite de Cauchy, donc converge (complétude) vers une limite . Comme chaque est fermé et contient pour tout , on a pour tout (caractérisation séquentielle des fermés), donc . L'unicité vient du diamètre qui tend vers : deux points de l'intersection seraient à distance pour tout , donc à distance . Ce théorème est l'un des outils centraux qui permettront de prouver la compacité des fermés bornés de dans la leçon suivante.
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