Licence 2Analyse

Dérivées partielles et gradient

50 min15 exercicesSéquence 1.1Licence 2

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Durée : 50 min

Dérivées partielles et gradient

1. Fonctions de plusieurs variables

On étudie ici des fonctions f:RnRf:\mathbb{R}^n\to\mathbb{R}, le plus souvent n=2n=2 ou n=3n=3 pour fixer les idées (par exemple f(x,y)f(x,y) ou f(x,y,z)f(x,y,z)). Une telle fonction associe un nombre réel à un point de Rn\mathbb{R}^n — pensez à une altitude f(x,y)f(x,y) au-dessus d'un point (x,y)(x,y) d'une carte.

2. Dérivée partielle

Soit f:R2Rf:\mathbb{R}^2\to\mathbb{R} et (a,b)R2(a,b)\in\mathbb{R}^2. La dérivée partielle de ff par rapport à xx en (a,b)(a,b) est

fx(a,b)=limh0f(a+h,b)f(a,b)h\frac{\partial f}{\partial x}(a,b) = \lim_{h\to0} \frac{f(a+h,b)-f(a,b)}{h}

quand cette limite existe. C'est la dérivée usuelle de la fonction d'une seule variable xf(x,b)x\mapsto f(x,b) obtenue en figeant y=by=b. De même pour fy(a,b)\frac{\partial f}{\partial y}(a,b), en figeant x=ax=a.

Méthode pratique : pour calculer f/x\partial f/\partial x, on dérive ff par rapport à xx en traitant yy (et les autres variables) comme des constantes.

Exemple : f(x,y)=x2y+3y3f(x,y) = x^2y + 3y^3. On a fx=2xy\dfrac{\partial f}{\partial x} = 2xy (on dérive x2yx^2y comme x2×(constante y)x^2\times(\text{constante } y), et 3y33y^3 est constant en xx donc sa dérivée par rapport à xx est nulle). Et fy=x2+9y2\dfrac{\partial f}{\partial y} = x^2 + 9y^2 (on dérive x2yx^2y comme (constante x2)×y(\text{constante } x^2)\times y, et 3y33y^3 donne 9y29y^2).

3. Le vecteur gradient

Le gradient de f:RnRf:\mathbb{R}^n\to\mathbb{R} en un point aa, lorsque toutes les dérivées partielles existent, est le vecteur

f(a)=(fx1(a),,fxn(a))\nabla f(a) = \left(\frac{\partial f}{\partial x_1}(a), \ldots, \frac{\partial f}{\partial x_n}(a)\right)

Pour n=2n=2 : f(a,b)=(fx(a,b),fy(a,b))\nabla f(a,b) = \left(\dfrac{\partial f}{\partial x}(a,b), \dfrac{\partial f}{\partial y}(a,b)\right).

Exemple (suite) : pour f(x,y)=x2y+3y3f(x,y)=x^2y+3y^3, f(x,y)=(2xy,x2+9y2)\nabla f(x,y) = (2xy,\, x^2+9y^2). Au point (1,2)(1,2) : f(1,2)=(2×1×2,1+9×4)=(4,37)\nabla f(1,2) = (2\times1\times2,\, 1+9\times4) = (4, 37).

4. Interprétation géométrique du gradient

Direction de plus forte pente : f(a)\nabla f(a) pointe dans la direction où ff croît le plus rapidement au voisinage de aa, et f(a)\|\nabla f(a)\| mesure cette pente maximale. C'est pourquoi en optimisation, on utilise l'algorithme de "descente de gradient" : pour minimiser ff, on se déplace dans la direction f-\nabla f.

Dérivée directionnelle : dans une direction unitaire u\vec{u}, le taux de variation de ff en aa est

Duf(a)=f(a)uD_{\vec u}f(a) = \nabla f(a)\cdot \vec u

(produit scalaire). Cette quantité est maximale (égale à f(a)\|\nabla f(a)\|) lorsque u\vec u est colinéaire à f(a)\nabla f(a) et de même sens, et minimale (vaut f(a)-\|\nabla f(a)\|) dans le sens opposé.

Lien avec les lignes de niveau : le gradient f(a)\nabla f(a) est orthogonal à la ligne (ou surface) de niveau de ff passant par aa, c'est-à-dire à l'ensemble {x:f(x)=f(a)}\{x : f(x)=f(a)\}.

5. Différentiabilité

ff est différentiable en aa s'il existe une application linéaire L:RnRL:\mathbb{R}^n\to\mathbb{R} (nécessairement L(h)=f(a)hL(h) = \nabla f(a)\cdot h si elle existe) telle que

f(a+h)=f(a)+L(h)+o(h)quand h0f(a+h) = f(a) + L(h) + o(\|h\|) \quad \text{quand } h\to0

Autrement dit, ff admet une "meilleure approximation affine" au voisinage de aa : le plan tangent au graphe de ff en aa.

Lien différentiabilité \Leftrightarrow dérivées partielles :
- Si ff est différentiable en aa, alors ff admet toutes ses dérivées partielles en aa, et L(h)=f(a)hL(h)=\nabla f(a)\cdot h.
- La réciproque est fausse en général : l'existence des dérivées partielles n'entraîne pas la différentiabilité.
- Théorème (condition suffisante pratique) : si les dérivées partielles de ff existent et sont continues sur un voisinage de aa, alors ff est différentiable en aa. On dit alors que ff est de classe C1\mathcal{C}^1. C'est le critère utilisé en pratique dans la quasi-totalité des exemples concrets (polynômes, fonctions usuelles).

Exemple de non-différentiabilité malgré l'existence des dérivées partielles : f(x,y)=xyx2+y2f(x,y) = \dfrac{xy}{x^2+y^2} pour (x,y)(0,0)(x,y)\neq(0,0), f(0,0)=0f(0,0)=0. On calcule fx(0,0)=limh0f(h,0)f(0,0)h=limh000h=0\frac{\partial f}{\partial x}(0,0) = \lim_{h\to0}\frac{f(h,0)-f(0,0)}{h} = \lim_{h\to0}\frac{0-0}{h}=0 (car f(h,0)=0f(h,0)=0 pour h0h\neq0). De même fy(0,0)=0\frac{\partial f}{\partial y}(0,0)=0. Pourtant ff n'est même pas continue en (0,0)(0,0) (en suivant y=xy=x, f(x,x)=x22x2=12f(x,x)=\frac{x^2}{2x^2}=\frac12 ne tend pas vers f(0,0)=0f(0,0)=0), donc ff ne peut pas être différentiable en (0,0)(0,0) (la différentiabilité implique la continuité).

6. Plan tangent

Si f:R2Rf:\mathbb{R}^2\to\mathbb{R} est différentiable en (a,b)(a,b), le graphe de ff admet un plan tangent en (a,b,f(a,b))(a,b,f(a,b)) d'équation

z=f(a,b)+fx(a,b)(xa)+fy(a,b)(yb)z = f(a,b) + \frac{\partial f}{\partial x}(a,b)(x-a) + \frac{\partial f}{\partial y}(a,b)(y-b)

Exemple résolu : soit f(x,y)=x2+y2f(x,y) = x^2+y^2. Au point (1,1)(1,1) : f(1,1)=2f(1,1)=2, f(1,1)=(2,2)\nabla f(1,1) = (2,2). Le plan tangent a pour équation z=2+2(x1)+2(y1)=2x+2y2z = 2 + 2(x-1)+2(y-1) = 2x+2y-2.

Exercices

Calculer fx\dfrac{\partial f}{\partial x} et fy\dfrac{\partial f}{\partial y} pour f(x,y)=3x2y2y3f(x,y) = 3x^2y - 2y^3.

Le gradient de f(x,y)=x2+y2f(x,y)=x^2+y^2 au point (3,4)(3,4) est :

Vrai ou faux : le gradient d'une fonction pointe dans la direction de plus forte décroissance.

Calculer le gradient de f(x,y,z)=xyzf(x,y,z) = xyz au point (1,2,3)(1,2,3).

Vrai ou faux : si ff est différentiable en aa, alors ff est continue en aa.

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