Licence 2Géométrie

Projections orthogonales, matrices orthogonales et isométries

50 min15 exercicesSéquence 3.3Licence 2

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Durée : 50 min

Projections orthogonales, matrices orthogonales et isométries

1. Définition de la projection orthogonale sur un sous-espace

Soit EE un espace euclidien de dimension finie et FF un sous-espace de EE. D'après le théorème du supplémentaire orthogonal, E=FFE = F \oplus F^\perp, donc tout xEx \in E s'écrit de façon unique x=xF+xFx = x_F + x_{F^\perp} avec xFFx_F \in F et xFFx_{F^\perp} \in F^\perp. Le vecteur xFx_F est appelé projection orthogonale de xx sur FF, notée pF(x)p_F(x).

Formule pratique : si (e1,,ep)(e_1,\dots,e_p) est une base orthonormée de FF, alors :

pF(x)=i=1px,eieip_F(x) = \sum_{i=1}^{p} \langle x,e_i\rangle\, e_i

Si l'on dispose seulement d'une base orthogonale (non normée) (u1,,up)(u_1,\dots,u_p) de FF, la formule devient :

pF(x)=i=1px,uiui2uip_F(x) = \sum_{i=1}^{p} \frac{\langle x,u_i\rangle}{\|u_i\|^2}\, u_i

Cas d'une droite : si F=vect(a)F = \mathrm{vect}(a) avec a0a \neq 0, pF(x)=x,aa2ap_F(x) = \dfrac{\langle x,a\rangle}{\|a\|^2}\, a.

2. Exemple résolu : projection sur une droite

Projetons x=(3,2,1)x=(3,2,1) sur la droite F=vect(a)F=\mathrm{vect}(a) avec a=(1,1,1)a=(1,1,1) dans R3\mathbb{R}^3 canonique.

On calcule x,a=3+2+1=6\langle x,a\rangle = 3+2+1=6 et a2=1+1+1=3\|a\|^2 = 1+1+1=3. Donc :

pF(x)=63(1,1,1)=(2,2,2)p_F(x) = \frac{6}{3}\,(1,1,1) = (2,2,2)

Le résidu (composante orthogonale) est xpF(x)=(3,2,1)(2,2,2)=(1,0,1)x - p_F(x) = (3,2,1)-(2,2,2) = (1,0,-1). On vérifie (1,0,1),a=1+01=0\langle (1,0,-1), a\rangle = 1+0-1=0 : le résidu est bien orthogonal à FF, ce qui confirme le calcul.

3. Exemple résolu : projection sur un plan

Projetons w=(2,1,3)w=(2,-1,3) sur le plan H={(x,y,z):x+y+z=0}H = \{(x,y,z) : x+y+z=0\}, qui est l'orthogonal de la droite vect(a)\mathrm{vect}(a) avec a=(1,1,1)a=(1,1,1).

Méthode : H=(vect(a))H = (\mathrm{vect}(a))^\perp, donc pH(w)=wpvect(a)(w)p_H(w) = w - p_{\mathrm{vect}(a)}(w). On calcule w,a=21+3=4\langle w,a\rangle = 2-1+3=4 et a2=3\|a\|^2=3, donc pvect(a)(w)=43(1,1,1)p_{\mathrm{vect}(a)}(w) = \dfrac{4}{3}(1,1,1). Ainsi :

pH(w)=(2,1,3)43(1,1,1)=(23,73,53)p_H(w) = (2,-1,3) - \frac43(1,1,1) = \left(\frac23,\,-\frac73,\,\frac53\right)

Vérification : la somme des coordonnées de pH(w)p_H(w) vaut 2373+53=27+53=0\dfrac23-\dfrac73+\dfrac53 = \dfrac{2-7+5}{3}=0 : le projeté appartient bien à HH.

4. Caractérisation par minimisation de la distance

Théorème : pour xEx \in E et FF sous-espace de EE, le projeté pF(x)p_F(x) est l'unique point de FF qui minimise la distance à xx :

xpF(x)=minyFxy\|x - p_F(x)\| = \min_{y \in F} \|x-y\|

Démonstration : pour tout yFy \in F, écrivons xy=(xpF(x))+(pF(x)y)x - y = (x-p_F(x)) + (p_F(x)-y). Le premier terme appartient à FF^\perp (par définition de pF(x)p_F(x)) et le second à FF (différence de deux éléments de FF) : ces deux vecteurs sont donc orthogonaux. Par le théorème de Pythagore :

xy2=xpF(x)2+pF(x)y2xpF(x)2\|x-y\|^2 = \|x-p_F(x)\|^2 + \|p_F(x)-y\|^2 \geq \|x-p_F(x)\|^2

avec égalité si et seulement si pF(x)y=0\|p_F(x)-y\|=0, c'est-à-dire y=pF(x)y = p_F(x). \square

Ce résultat est le principe de la méthode des moindres carrés : pour résoudre approximativement un système linéaire Ax=b{}Ax=b sans solution exacte, on cherche xx qui minimise Axb\|Ax-b\|, ce qui revient à projeter bb orthogonalement sur l'image de AA.

5. Exemple résolu : moindres carrés en aperçu

Reprenons F=vect(e1,u2)F = \mathrm{vect}(e_1,u_2) avec e1=(1,1,0)e_1=(1,1,0) et u2=(12,12,1)u_2 = \left(\frac12,-\frac12,1\right) (base orthogonale obtenue par Gram-Schmidt dans la leçon précédente), et projetons w=(1,2,3)w=(1,2,3) sur FF.

On calcule w,e1=1+2+0=3\langle w,e_1\rangle = 1+2+0=3, e12=2\|e_1\|^2=2, coefficient 32\dfrac32. Puis w,u2=121+3=52\langle w,u_2\rangle = \frac12 - 1 + 3 = \dfrac52, u22=32\|u_2\|^2=\dfrac32, coefficient 5/23/2=53\dfrac{5/2}{3/2}=\dfrac53. Donc :

pF(w)=32(1,1,0)+53(12,12,1)=(73,23,53)p_F(w) = \frac32(1,1,0) + \frac53\left(\frac12,-\frac12,1\right) = \left(\frac73,\,\frac23,\,\frac53\right)

Le résidu est wpF(w)=(1343,)w - p_F(w) = \left(\frac13-\frac43, \dots\right), plus précisément (173,223,353)=(43,43,43)\left(1-\frac73,\, 2-\frac23,\, 3-\frac53\right) = \left(-\frac43,\,\frac43,\,\frac43\right), de norme au carré 169×3=163\dfrac{16}{9}\times3=\dfrac{16}{3}. Cette quantité wpF(w)2=163\|w-p_F(w)\|^2 = \dfrac{16}{3} est la distance au carré minimale de ww à FF.

6. Matrices orthogonales

Une matrice AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est dite orthogonale si tAA=In{}^tA\, A = I_n, ce qui équivaut à AtA=InA\,{}^tA = I_n et donc à A1=tAA^{-1} = {}^tA.

Théorème : AA est orthogonale si et seulement si ses colonnes (vues comme vecteurs de Rn\mathbb{R}^n) forment une base orthonormée de Rn\mathbb{R}^n pour le produit scalaire canonique.

Conséquence sur le déterminant : si AA est orthogonale, det(tAA)=det(A)2=det(In)=1\det({}^tA\,A) = \det(A)^2 = \det(I_n)=1, donc detA=±1\det A = \pm1. On distingue les matrices orthogonales directes (detA=1\det A = 1, rotations) des indirectes (detA=1\det A = -1, réflexions/symétries).

7. Propriétés : conservation du produit scalaire et des normes

Théorème : si AA est une matrice orthogonale, alors pour tous X,YRnX,Y \in \mathbb{R}^n :

AX,AY=X,YetAX=X\langle AX,AY\rangle = \langle X,Y\rangle \qquad \text{et} \qquad \|AX\| = \|X\|

Démonstration : AX,AY=t(AX)(AY)=tXtAAY=tXInY=tXY=X,Y\langle AX,AY\rangle = {}^t(AX)(AY) = {}^tX\,{}^tA\,A\,Y = {}^tX\,I_n\,Y = {}^tX\,Y = \langle X,Y\rangle. En prenant Y=XY=X, on obtient AX2=X2\|AX\|^2 = \|X\|^2, soit AX=X\|AX\|=\|X\|. \square

Une application linéaire qui conserve le produit scalaire (ou, de façon équivalente, qui conserve les normes) est appelée isométrie vectorielle. Les matrices orthogonales sont exactement les matrices des isométries vectorielles de Rn\mathbb{R}^n exprimées dans une base orthonormée.

8. Exemples en dimension 2 : rotation et symétrie

Rotation d'angle θ\theta : la matrice Rθ=(cosθsinθsinθcosθ)R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} est orthogonale : on vérifie tRθRθ=I2{}^tR_\theta R_\theta = I_2 car cos2θ+sin2θ=1\cos^2\theta+\sin^2\theta=1. Son déterminant est cos2θ+sin2θ=1\cos^2\theta+\sin^2\theta=1 : c'est une isométrie directe.

Exemple numérique : pour θ=60°=π3\theta = 60° = \dfrac{\pi}{3}, cosθ=12\cos\theta = \dfrac12 et sinθ=32\sin\theta = \dfrac{\sqrt3}{2}, donc Rθ=(12323212)R_\theta = \begin{pmatrix} \frac12 & -\frac{\sqrt3}{2} \\ \frac{\sqrt3}{2} & \frac12 \end{pmatrix}. Appliquée au vecteur (1,0)(1,0), elle donne (12,32)\left(\frac12, \frac{\sqrt3}{2}\right), qui est bien de norme 14+34=1\sqrt{\frac14+\frac34}=1 comme (1,0)(1,0).

Symétrie orthogonale par rapport à la droite y=xy=x : la matrice S=(0110)S = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} est orthogonale (tSS=S2=I2{}^tS\,S = S^2 = I_2 car SS échange les coordonnées deux fois de suite redonne l'identité). Son déterminant est 0×01×1=10\times0-1\times1=-1 : c'est une isométrie indirecte.

9. Synthèse

La projection orthogonale sur un sous-espace FF réalise le meilleur compromis (au sens de la distance euclidienne) entre un vecteur quelconque et le sous-espace FF — c'est le principe fondateur des moindres carrés. Les matrices orthogonales, caractérisées par tAA=In{}^tA A = I_n, représentent exactement les isométries vectorielles : elles préservent à la fois le produit scalaire et les normes, et se classent en rotations (det=1\det = 1) et réflexions (det=1\det = -1). Ces trois leçons forment ainsi un socle cohérent : produit scalaire \to orthogonalité \to projections et isométries, qui structure toute la géométrie euclidienne en dimension finie.

Exercices

Soit F=vect(a)F=\mathrm{vect}(a) avec a=(1,0,0)a=(1,0,0) dans R3\mathbb{R}^3. Que vaut pF(x)p_F(x) pour x=(5,3,2)x=(5,3,2) ?

Vrai ou faux : une matrice orthogonale AA vérifie A1=tAA^{-1} = {}^tA.

Quel est le déterminant possible d'une matrice orthogonale AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) ?

Vrai ou faux : la projection orthogonale pF(x)p_F(x) minimise la distance entre xx et les points de FF.

Soit a=(1,1,1)a=(1,1,1) et x=(3,2,1)x=(3,2,1) dans R3\mathbb{R}^3. Que vaut pvect(a)(x)p_{\mathrm{vect}(a)}(x) ?

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