Licence 1Algèbre

Logique propositionnelle et quantificateurs

50 min15 exercicesSéquence 1.1 — Licence 1
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Durée : 50 min

Logique propositionnelle et quantificateurs

### 1. Propositions et connecteurs logiques

Une proposition est un énoncé qui est soit vrai (V), soit faux (F), mais jamais les deux. On combine des propositions PP, QQ à l'aide de connecteurs logiques :

| Connecteur | Notation | Lecture |
|---|---|---|
| Négation | non P\text{non } P ou P‾\overline{P} | "il est faux que PP" |
| Conjonction | P∧QP \wedge Q | "PP et QQ" |
| Disjonction | P∨QP \vee Q | "PP ou QQ" (inclusif) |
| Implication | P⇒QP \Rightarrow Q | "PP implique QQ" |
| Équivalence | P⇔QP \Leftrightarrow Q | "PP équivaut à QQ" |

### 2. Tables de vérité

PQP∧QP∨QP⇒QP⇔QVVVVVVVFFVFFFVFVVFFFFFVV\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|} \hline P & Q & P \wedge Q & P \vee Q & P \Rightarrow Q & P \Leftrightarrow Q \\ \hline V & V & V & V & V & V \\ V & F & F & V & F & F \\ F & V & F & V & V & F \\ F & F & F & F & V & V \\ \hline \end{array}

Point clé sur l'implication : P⇒QP \Rightarrow Q n'est fausse que dans le seul cas où PP est vraie et QQ est fausse. En particulier, si PP est fausse, P⇒QP \Rightarrow Q est automatiquement vraie, quelle que soit la valeur de QQ (on dit que "le faux implique n'importe quoi").

### 3. Implication, contraposée, réciproque

Pour une implication P⇒QP \Rightarrow Q, on distingue trois énoncés associés :

- Réciproque : Q⇒PQ \Rightarrow P (n'a en général pas la même valeur de vérité que P⇒QP \Rightarrow Q).
- Contraposée : Q‾⇒P‾\overline{Q} \Rightarrow \overline{P}. C'est une proposition logiquement équivalente à P⇒QP \Rightarrow Q (même table de vérité) : (P⇒Q)⇔(Q‾⇒P‾)(P \Rightarrow Q) \Leftrightarrow (\overline{Q} \Rightarrow \overline{P}).

Exemple : PP : "x=2x = 2", QQ : "x2=4x^2 = 4". L'implication P⇒QP \Rightarrow Q est vraie. La réciproque Q⇒PQ \Rightarrow P est fausse (car x=−2x = -2 vérifie QQ mais pas PP). La contraposée "x2≠4⇒x≠2x^2 \neq 4 \Rightarrow x \neq 2" est vraie, comme attendu puisqu'elle équivaut à P⇒QP \Rightarrow Q.

### 4. Lois de De Morgan et négation des connecteurs

Pour nier une proposition composée, on applique les règles suivantes :

P∧Q‾=P‾∨Q‾P∨Q‾=P‾∧Q‾\overline{P \wedge Q} = \overline{P} \vee \overline{Q} \qquad \overline{P \vee Q} = \overline{P} \wedge \overline{Q}

P⇒Q‾=P∧Q‾\overline{P \Rightarrow Q} = P \wedge \overline{Q}

Justification de la dernière règle : P⇒QP \Rightarrow Q est équivalente à P‾∨Q\overline{P} \vee Q (vérifiable par table de vérité). Donc :

P⇒Q‾=P‾∨Q‾=P‾‾∧Q‾=P∧Q‾\overline{P \Rightarrow Q} = \overline{\overline{P} \vee Q} = \overline{\overline{P}} \wedge \overline{Q} = P \wedge \overline{Q}

Exemple : La négation de "il pleut ⇒\Rightarrow je prends un parapluie" est "il pleut et je ne prends pas de parapluie" (et non pas "il ne pleut pas ⇒\Rightarrow je ne prends pas de parapluie", qui est une erreur fréquente).

### 5. Quantificateurs universel et existentiel

- Quantificateur universel ∀\forall : ∀x∈E, P(x)\forall x \in E,\ P(x) signifie "pour tout élément xx de EE, P(x)P(x) est vraie".
- Quantificateur existentiel ∃\exists : ∃x∈E, P(x)\exists x \in E,\ P(x) signifie "il existe (au moins) un élément xx de EE tel que P(x)P(x) est vraie".
- On note parfois ∃!x\exists! x pour "il existe un unique xx".

Exemple : ∀x∈R, x2≥0\forall x \in \mathbb{R},\ x^2 \geq 0 (vraie). ∃x∈R, x2=−1\exists x \in \mathbb{R},\ x^2 = -1 (fausse, car aucun réel n'a un carré négatif).

### 6. Négation des propositions quantifiées

La négation échange les quantificateurs et nie la proposition finale :

∀x∈E, P(x)‾⟺∃x∈E, P(x)‾\overline{\forall x \in E,\ P(x)} \quad \Longleftrightarrow \quad \exists x \in E,\ \overline{P(x)}

∃x∈E, P(x)‾⟺∀x∈E, P(x)‾\overline{\exists x \in E,\ P(x)} \quad \Longleftrightarrow \quad \forall x \in E,\ \overline{P(x)}

Exemple : Nier "∀x∈R, x≥0⇒x2≥1\forall x \in \mathbb{R},\ x \geq 0 \Rightarrow x^2 \geq 1" donne, en utilisant aussi la négation de l'implication (section 4) :

∃x∈R, x≥0∧x2<1\exists x \in \mathbb{R},\ x \geq 0 \wedge x^2 < 1

(c'est vrai : x=0,5x = 0{,}5 convient.)

### 7. Quantificateurs multiples et ordre des quantificateurs

Lorsqu'une proposition contient plusieurs quantificateurs, l'ordre est crucial et ne peut pas être échangé sans changer le sens de l'énoncé.

Piège classique : comparons

∀x∈E, ∃y∈F, R(x,y)et∃y∈F, ∀x∈E, R(x,y)\forall x \in E,\ \exists y \in F,\ R(x,y) \qquad \text{et} \qquad \exists y \in F,\ \forall x \in E,\ R(x,y)

Dans le premier énoncé (∀∃\forall \exists), yy peut dépendre de xx : pour chaque xx, on a le droit de choisir un yy différent. Dans le second (∃∀\exists \forall), yy est choisi une fois pour toutes, avant xx, et doit convenir simultanément pour tous les xx. Le second énoncé est plus fort : il implique le premier, mais la réciproque est fausse en général.

Exemple concret : Soit E=F=RE = F = \mathbb{R} et R(x,y)R(x,y) : "y>xy > x".
- ∀x∈R, ∃y∈R, y>x\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y > x : vraie (pour chaque xx, on prend y=x+1y = x+1).
- ∃y∈R, ∀x∈R, y>x\exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y > x : fausse (aucun réel yy ne peut être strictement supérieur à tous les réels xx, en particulier pas à yy lui-même, ni à y+1y+1).

Cet exemple montre bien que ∃∀⇒∀∃\exists \forall \Rightarrow \forall \exists, mais pas l'inverse.

### 8. Négation d'une proposition à quantificateurs multiples

On applique la règle de négation (section 6) successivement, de gauche à droite :

∀x, ∃y, R(x,y)‾⟺∃x, ∃y, R(x,y)‾⟺∃x, ∀y, R(x,y)‾\overline{\forall x,\ \exists y,\ R(x,y)} \quad \Longleftrightarrow \quad \exists x,\ \overline{\exists y,\ R(x,y)} \quad \Longleftrightarrow \quad \exists x,\ \forall y,\ \overline{R(x,y)}

Exemple : Nier ∀ε>0, ∃N∈N, ∀n≥N, ∣un∣<ε\forall \varepsilon > 0,\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \geq N,\ |u_n| < \varepsilon (définition de un→0u_n \to 0) donne :

∃ε>0, ∀N∈N, ∃n≥N, ∣un∣≥ε\exists \varepsilon > 0,\ \forall N \in \mathbb{N},\ \exists n \geq N,\ |u_n| \geq \varepsilon

C'est exactement la méthode systématique utilisée pour nier les définitions ε\varepsilon-δ\delta rencontrées en analyse.

Exercices

Quelle est la valeur de vérité de P⇒QP \Rightarrow Q lorsque PP est fausse ?

La proposition P∨P‾P \vee \overline{P} est :

Vrai ou faux : la négation de "P∧QP \wedge Q" est "P‾∧Q‾\overline{P} \wedge \overline{Q}".

Quelle est la contraposée de l'implication "x>2⇒x2>4x > 2 \Rightarrow x^2 > 4" (pour x∈R+x \in \mathbb{R}^+) ?

Comment se lit ∃x∈R, x2=2\exists x \in \mathbb{R},\ x^2 = 2 ?

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