Licence 2Algèbre

Anneaux et idéaux

55 min15 exercicesSéquence 2.2 — Licence 2
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Durée : 55 min

Anneaux et idéaux

1. Définition d'un anneau

Un anneau est un triplet (A,+,×)(A, +, \times) où ++ et ×\times sont deux lois de composition interne sur AA telles que :

1. (A,+)(A, +) est un groupe abélien (de neutre noté 00) ;
2. ×\times est associative ;
3. ×\times est distributive par rapport à ++ : pour tout x,y,z∈Ax,y,z \in A,

x×(y+z)=x×y+x×zet(x+y)×z=x×z+y×z.x \times (y+z) = x\times y + x \times z \qquad \text{et} \qquad (x+y) \times z = x \times z + y \times z.

Si de plus ×\times admet un élément neutre (noté 11), on dit que l'anneau est unitaire. Si ×\times est commutative, on dit que l'anneau est commutatif. Dans ce cours, « anneau » désignera presque toujours un anneau commutatif unitaire (sauf mention contraire, comme pour les matrices).

Exemples : (Z,+,×)(\mathbb{Z}, +, \times), (Q,+,×)(\mathbb{Q}, +, \times), (R,+,×)(\mathbb{R}, +, \times), (C,+,×)(\mathbb{C}, +, \times) sont des anneaux commutatifs unitaires. (Z/nZ,+,×)(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +, \times) également. L'ensemble Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) des matrices carrées, muni de ++ et ×\times matricielles, est un anneau unitaire non commutatif dès que n≥2n \geq 2.

2. Diviseurs de zéro et anneaux intègres

Un élément a∈Aa \in A, a≠0a \neq 0, est un diviseur de zéro s'il existe b∈Ab \in A, b≠0b \neq 0, tel que a×b=0a \times b = 0.

Un anneau commutatif unitaire AA (avec 1≠01 \neq 0) est intègre s'il n'a aucun diviseur de zéro, c'est-à-dire :

∀a,b∈A,a×b=0  ⟹  a=0 ou b=0.\forall a,b \in A, \quad a\times b = 0 \implies a=0 \text{ ou } b = 0.

Exemples : Z\mathbb{Z}, Q\mathbb{Q}, R\mathbb{R}, C\mathbb{C} sont intègres. En revanche, Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} n'est pas intègre : 2‾×3‾=6‾=0‾\overline{2} \times \overline{3} = \overline{6} = \overline{0}, alors que 2‾≠0‾\overline{2} \neq \overline{0} et 3‾≠0‾\overline{3} \neq \overline{0}. Plus généralement, Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est intègre si et seulement si nn est premier (on verra dans la leçon suivante que c'est alors même un corps).

3. Idéaux

Soit AA un anneau commutatif. Une partie I⊂AI \subset A est un idéal de AA si :

1. II est un sous-groupe de (A,+)(A,+) (en particulier 0∈I0 \in I) ;
2. II est absorbant : pour tout a∈Aa \in A et x∈Ix \in I, a×x∈Ia \times x \in I.

La condition d'absorption est plus forte que la simple stabilité par ×\times : on multiplie par n'importe quel élément de l'anneau, pas seulement par des éléments de II. C'est ce qui distingue un idéal d'un simple « sous-anneau ».

Idéal principal. Pour a∈Aa \in A, l'ensemble aA={a×x:x∈A}aA = \{a \times x : x \in A\} (souvent noté (a)(a)) est un idéal, appelé idéal principal engendré par aa. Dans Z\mathbb{Z}, on retrouve exactement les sous-groupes nZn\mathbb{Z} : les idéaux de Z\mathbb{Z} sont donc exactement les nZn\mathbb{Z}, n∈Nn \in \mathbb{N} — on dit que Z\mathbb{Z} est un anneau principal.

Exemple détaillé. Dans A=ZA=\mathbb{Z}, l'idéal (6)=6Z={…,−12,−6,0,6,12,… }(6) = 6\mathbb{Z} = \{\dots,-12,-6,0,6,12,\dots\}. On vérifie l'absorption : si x∈6Zx \in 6\mathbb{Z} (donc x=6kx=6k) et a∈Za \in \mathbb{Z} quelconque, alors ax=6(ak)∈6Zax = 6(ak) \in 6\mathbb{Z}.

4. Anneau quotient (intuition)

L'idée du quotient A/IA/I est de « rendre nuls » tous les éléments de l'idéal II, c'est-à-dire de considérer deux éléments x,y∈Ax,y \in A comme équivalents dès que x−y∈Ix-y \in I (on note x≡y(modI)x \equiv y \pmod I). On regroupe ainsi AA en classes d'équivalence, et A/IA/I est l'ensemble de ces classes, muni des lois ++ et ×\times héritées de AA.

C'est exactement la construction déjà rencontrée pour Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} : c'est le quotient de l'anneau Z\mathbb{Z} par son idéal nZn\mathbb{Z}. Le fait que II soit un idéal (et pas seulement un sous-groupe) garantit que la multiplication des classes est bien définie (ne dépend pas du représentant choisi dans chaque classe) — c'est précisément la condition d'absorption qui assure cette compatibilité.

Résumé


NotionDéfinition clé
|---|---|





Anneau(A,+)(A,+) groupe abélien, ×\times associative et distributive sur ++
Diviseur de zéroa≠0a\neq0, ∃b≠0\exists b\neq0, ab=0ab=0
Anneau intègreaucun diviseur de zéro
Idéalsous-groupe additif + absorbant (aI⊂IaI \subset I pour tout a∈Aa\in A)
Idéal principal (a)(a){ax:x∈A}\{ax : x\in A\}
Quotient A/IA/Iclasses modulo II : x≡y  ⟺  x−y∈Ix\equiv y \iff x-y\in I

Exercices

Quelles sont les deux lois requises pour définir un anneau (A,+,×)(A,+,\times) ?

Vrai ou faux : (M2(R),+,×)(\mathcal{M}_2(\mathbb{R}), +, \times) est un anneau commutatif.

Dans Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}, donner un exemple de diviseur de zéro.

Vrai ou faux : tout idéal d'un anneau AA est, en particulier, un sous-groupe de (A,+)(A,+).

Quel est l'idéal principal (3)(3) engendré par 33 dans Z\mathbb{Z} ?

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