Licence 2Analyse

Compacité et connexité

55 min15 exercicesSéquence 3.3Licence 2

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Durée : 55 min

Compacité et connexité

1. Compacité séquentielle

Soit (E,d)(E,d) un espace métrique. Une partie KEK\subset E est compacte (au sens séquentiel — c'est l'approche la plus pédagogique en espace métrique, équivalente à la compacité par recouvrements ouverts) si toute suite d'éléments de KK admet une sous-suite convergeant vers un élément de KK.

Définition par recouvrements (équivalente, pour information) : KK est compacte si de tout recouvrement de KK par des ouverts, on peut extraire un sous-recouvrement fini. En dimension finie, les deux définitions coïncident (théorème de Borel-Lebesgue) ; nous privilégions ici la formulation séquentielle, plus maniable au niveau L2.

Propriété immédiate : un compact est nécessairement fermé et borné.

Idée de preuve (fermé) : si xnKx_n\in K converge vers E\ell\in E, alors toute sous-suite converge aussi vers \ell ; par compacité une sous-suite converge vers un élément de KK, donc K\ell\in K par unicité de la limite. Idée de preuve (borné) : si KK n'était pas bornée, on pourrait construire une suite (xn)(x_n) de KK avec d(xn,x0)d(x_n,x_0)\to\infty, qui n'admettrait alors aucune sous-suite convergente.

2. Théorème de Heine-Borel (admis)

Théorème (Heine-Borel, cas Rn\mathbb{R}^n) : une partie KRnK\subset\mathbb{R}^n est compacte si et seulement si elle est fermée et bornée.

C'est un résultat spécifique à la dimension finie (et plus généralement à Rn\mathbb{R}^n muni de la distance euclidienne, ou de toute distance équivalente comme d1,d2,dd_1,d_2,d_\infty) : en dimension infinie, fermé + borné ne suffit plus à garantir la compacité.

Théorème de Bolzano-Weierstrass (admis) : toute suite bornée de Rn\mathbb{R}^n admet une sous-suite convergente. C'est essentiellement le cœur de la preuve de Heine-Borel : sur un fermé borné, toute suite est bornée donc (Bolzano-Weierstrass) admet une sous-suite convergente, dont la limite reste dans le fermé.

Exemples : [0,1][0,1], [a,b][a,b], toute boule fermée B(x0,r)\overline{B}(x_0,r) dans Rn\mathbb{R}^n, tout ensemble fini, sont compacts. En revanche, R\mathbb{R} n'est pas compact (non borné), ]0,1[]0,1[ n'est pas compact (non fermé : la suite 1/n0]0,1[1/n\to0\notin\,]0,1[ n'a pas de sous-suite convergeant dans ]0,1[]0,1[), Q[0,1]\mathbb{Q}\cap[0,1] n'est pas compact (non fermé dans R\mathbb{R}, bien que borné).

3. Propriétés des compacts

Image continue d'un compact : si f:KFf:K\to F est continue et KK compact, alors f(K)f(K) est compact. En particulier, si f:KRf:K\to\mathbb{R} est continue sur un compact, ff est bornée et atteint ses bornes (théorème des bornes atteintes, généralisation du résultat connu sur [a,b][a,b]).

Intersection et réunion : une intersection quelconque de compacts est compacte (c'est un fermé inclus dans un compact donné, donc borné). Une réunion finie de compacts est compacte.

4. Connexité

Une partie AEA\subset E (ou l'espace EE tout entier) est connexe si elle ne peut pas s'écrire comme réunion de deux ouverts (relatifs à AA) non vides et disjoints. De façon équivalente, AA est connexe si les seules parties de AA à la fois ouvertes et fermées dans AA sont \emptyset et AA lui-même.

Intuition : un connexe est "fait d'un seul morceau", on ne peut pas le séparer en deux ouverts disjoints non vides.

Théorème : les parties connexes de R\mathbb{R} sont exactement les intervalles (y compris R\mathbb{R}, les demi-droites, les singletons, \emptyset).

Idée de preuve (intervalle \Rightarrow connexe) : si II n'était pas connexe, I=U1U2I=U_1\cup U_2 avec U1,U2U_1,U_2 ouverts relatifs non vides disjoints. En prenant aU1a\in U_1, bU2b\in U_2 (disons a<ba<b), et c=sup{x[a,b]:xU1}c=\sup\{x\in[a,b]: x\in U_1\}, on montre que cc ne peut être ni dans U1U_1 ni dans U2U_2, contredisant cI=U1U2c\in I=U_1\cup U_2 (c'est l'argument standard utilisant la propriété de la borne supérieure de R\mathbb{R}). Idée de preuve (non-intervalle \Rightarrow non connexe) : si AA n'est pas un intervalle, il existe a<c<ba<c<b avec a,bAa,b\in A et cAc\notin A ; alors A],c[A\cap\,]-\infty,c[ et A]c,+[A\cap\,]c,+\infty[ forment une partition de AA en deux ouverts relatifs non vides disjoints.

Image continue d'un connexe : si ff est continue sur AA connexe, alors f(A)f(A) est connexe. C'est la formulation topologique du théorème des valeurs intermédiaires : l'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.

5. Connexité par arcs (notion complémentaire)

AA est connexe par arcs si pour tous x,yAx,y\in A, il existe un chemin continu γ:[0,1]A\gamma:[0,1]\to A avec γ(0)=x\gamma(0)=x, γ(1)=y\gamma(1)=y. La connexité par arcs implique la connexité (mais la réciproque est fausse en général — exemple classique : le "peigne du topologue", hors-programme ici). Pour les parties usuelles de Rn\mathbb{R}^n (ouverts, convexes), les deux notions coïncident en pratique.

6. Exemple résolu de synthèse

Énoncé : A=[0,1][2,3]RA=[0,1]\cup[2,3]\subset\mathbb{R} est-il compact ? Est-il connexe ?

Résolution : AA est compact : c'est une réunion finie de deux compacts [0,1][0,1] et [2,3][2,3] (fermés bornés de R\mathbb{R}, donc compacts par Heine-Borel), donc AA est compact (réunion finie de compacts). En revanche AA n'est pas connexe : A=(A]1,1,5[)(A]1,5,4[)=[0,1][2,3]A = (A\cap\,]-1,1{,}5[) \cup (A\cap\,]1{,}5,4[) = [0,1]\cup[2,3], qui sont deux ouverts relatifs de AA, non vides, disjoints. AA n'est d'ailleurs pas un intervalle, ce qui confirme par le théorème de caractérisation qu'il n'est pas connexe.

Exercices

Parmi les parties suivantes de R\mathbb{R}, laquelle est compacte ?

Vrai ou faux : tout compact est fermé et borné.

L'intervalle ]0,2]]0,2] est-il un connexe de R\mathbb{R} ?

Vrai ou faux : {0,1}R\{0,1\}\subset\mathbb{R} (muni de la distance usuelle) est connexe.

Une fonction continue f:[0,1]Rf:[0,1]\to\mathbb{R} est-elle nécessairement bornée et atteint-elle ses bornes ?

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