Licence 2Analyse

Distances et normes

50 min15 exercicesSéquence 1.1 — Licence 2
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Durée : 50 min

Distances et normes

1. Définition axiomatique d'une distance

Soit EE un ensemble non vide. Une distance (ou métrique) sur EE est une application

d:E×E→R+d : E \times E \to \mathbb{R}_+

vérifiant, pour tous x,y,z∈Ex, y, z \in E :

1. Séparation : d(x,y)=0  ⟺  x=yd(x,y) = 0 \iff x = y ;
2. Symétrie : d(x,y)=d(y,x)d(x,y) = d(y,x) ;
3. Inégalité triangulaire : d(x,z)≤d(x,y)+d(y,z)d(x,z) \leq d(x,y) + d(y,z).

Le couple (E,d)(E,d) est appelé espace métrique. La positivité d(x,y)≥0d(x,y) \geq 0 pour tous x,yx,y n'est pas un axiome indépendant : elle se déduit des trois précédents. En effet, en appliquant l'inégalité triangulaire à x,y,xx,y,x : d(x,x)≤d(x,y)+d(y,x)=2d(x,y)d(x,x) \leq d(x,y) + d(y,x) = 2d(x,y), et d(x,x)=0d(x,x) = 0 par séparation, donc 0≤2d(x,y)0 \leq 2d(x,y), soit d(x,y)≥0d(x,y) \geq 0.

Conséquence utile (seconde inégalité triangulaire) : pour tous x,y,z∈Ex,y,z \in E,

∣d(x,z)−d(y,z)∣≤d(x,y)|d(x,z) - d(y,z)| \leq d(x,y)

Preuve : d(x,z)≤d(x,y)+d(y,z)d(x,z) \leq d(x,y)+d(y,z) donne d(x,z)−d(y,z)≤d(x,y)d(x,z)-d(y,z) \leq d(x,y). En échangeant xx et yy : d(y,z)−d(x,z)≤d(x,y)d(y,z)-d(x,z) \leq d(x,y). Les deux inégalités donnent ∣d(x,z)−d(y,z)∣≤d(x,y)|d(x,z)-d(y,z)| \leq d(x,y).

2. Exemples fondamentaux de distances

Distance euclidienne usuelle sur Rn\mathbb{R}^n : pour x=(x1,…,xn)x=(x_1,\ldots,x_n), y=(y1,…,yn)y=(y_1,\ldots,y_n),

d2(x,y)=∑i=1n(xi−yi)2d_2(x,y) = \sqrt{\sum_{i=1}^n (x_i-y_i)^2}

C'est la distance "à vol d'oiseau". Sur R\mathbb{R} (n=1n=1), d2(x,y)=∣x−y∣d_2(x,y) = |x-y|.

Distance discrète : sur un ensemble EE quelconque, on pose d(x,y)=0d(x,y) = 0 si x=yx=y et d(x,y)=1d(x,y)=1 sinon. On vérifie aisément les trois axiomes (l'inégalité triangulaire est immédiate : si x≠zx \neq z, alors x≠yx \neq y ou y≠zy \neq z, donc d(x,y)+d(y,z)≥1=d(x,z)d(x,y)+d(y,z) \geq 1 = d(x,z)).

Distances d1d_1, d2d_2, d∞d_\infty sur Rn\mathbb{R}^n :

d1(x,y)=∑i=1n∣xi−yi∣d2(x,y)=∑i=1n(xi−yi)2d∞(x,y)=max⁡1≤i≤n∣xi−yi∣d_1(x,y) = \sum_{i=1}^n |x_i-y_i| \qquad d_2(x,y) = \sqrt{\sum_{i=1}^n (x_i-y_i)^2} \qquad d_\infty(x,y) = \max_{1\leq i \leq n} |x_i-y_i|

Ces trois distances vérifient l'encadrement suivant, pour tous x,y∈Rnx,y \in \mathbb{R}^n :

d∞(x,y)≤d2(x,y)≤d1(x,y)≤n d∞(x,y)d_\infty(x,y) \leq d_2(x,y) \leq d_1(x,y) \leq n \, d_\infty(x,y)

Preuve de d∞≤d2d_\infty \leq d_2 : notons kk l'indice réalisant le maximum, ∣xk−yk∣=d∞(x,y)|x_k-y_k| = d_\infty(x,y). Alors d∞(x,y)2=∣xk−yk∣2≤∑i=1n∣xi−yi∣2=d2(x,y)2d_\infty(x,y)^2 = |x_k-y_k|^2 \leq \sum_{i=1}^n |x_i-y_i|^2 = d_2(x,y)^2, d'où d∞(x,y)≤d2(x,y)d_\infty(x,y) \leq d_2(x,y) (les deux membres sont positifs).

Preuve de d2≤d1d_2 \leq d_1 : posons ai=∣xi−yi∣≥0a_i = |x_i-y_i| \geq 0. On a d2(x,y)2=∑iai2≤∑iai2+∑i≠jaiaj=(∑iai)2=d1(x,y)2d_2(x,y)^2 = \sum_i a_i^2 \leq \sum_i a_i^2 + \sum_{i\neq j} a_i a_j = \left(\sum_i a_i\right)^2 = d_1(x,y)^2 car les doubles produits aiaja_i a_j (i≠ji \neq j) sont positifs. D'où d2(x,y)≤d1(x,y)d_2(x,y) \leq d_1(x,y).

Preuve de d1≤n d∞d_1 \leq n\,d_\infty : d1(x,y)=∑i=1n∣xi−yi∣≤∑i=1nd∞(x,y)=n d∞(x,y)d_1(x,y) = \sum_{i=1}^n |x_i-y_i| \leq \sum_{i=1}^n d_\infty(x,y) = n\, d_\infty(x,y).

Ces trois distances sont donc équivalentes : elles définissent la même notion de convergence et la même topologie sur Rn\mathbb{R}^n (une suite converge pour l'une si et seulement si elle converge pour les autres, vers la même limite).

3. Norme et distance associée

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel. Une norme sur EE est une application ∥⋅∥:E→R+\|\cdot\| : E \to \mathbb{R}_+ vérifiant, pour tous x,y∈Ex,y \in E et λ∈R\lambda \in \mathbb{R} :

1. Séparation : ∥x∥=0  ⟺  x=0\|x\| = 0 \iff x = 0 ;
2. Homogénéité : ∥λx∥=∣λ∣ ∥x∥\|\lambda x\| = |\lambda| \, \|x\| ;
3. Inégalité triangulaire (sous-additivité) : ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\|x+y\| \leq \|x\| + \|y\|.

Proposition : Si ∥⋅∥\|\cdot\| est une norme sur EE, alors d(x,y):=∥x−y∥d(x,y) := \|x-y\| définit une distance sur EE, dite distance associée à la norme (ou distance induite).

Preuve : Séparation : d(x,y)=0  ⟺  ∥x−y∥=0  ⟺  x−y=0  ⟺  x=yd(x,y)=0 \iff \|x-y\|=0 \iff x-y=0 \iff x=y. Symétrie : d(y,x)=∥y−x∥=∥−(x−y)∥=∣−1∣ ∥x−y∥=∥x−y∥=d(x,y)d(y,x) = \|y-x\| = \|-(x-y)\| = |-1|\,\|x-y\| = \|x-y\| = d(x,y). Inégalité triangulaire : d(x,z)=∥x−z∥=∥(x−y)+(y−z)∥≤∥x−y∥+∥y−z∥=d(x,y)+d(y,z)d(x,z) = \|x-z\| = \|(x-y)+(y-z)\| \leq \|x-y\|+\|y-z\| = d(x,y)+d(y,z).

Une distance associée à une norme possède deux propriétés supplémentaires que n'a pas une distance quelconque : l'invariance par translation (d(x+a,y+a)=d(x,y)d(x+a,y+a)=d(x,y)) et l'homogénéité (d(λx,λy)=∣λ∣ d(x,y)d(\lambda x, \lambda y) = |\lambda|\,d(x,y)). La distance discrète, par exemple, n'est associée à aucune norme sur un espace vectoriel non nul, car elle ne vérifie pas l'homogénéité (sauf cas trivial).

Les normes usuelles sur Rn\mathbb{R}^n sont ∥x∥1=∑∣xi∣\|x\|_1 = \sum |x_i|, ∥x∥2=∑xi2\|x\|_2 = \sqrt{\sum x_i^2}, ∥x∥∞=max⁡i∣xi∣\|x\|_\infty = \max_i |x_i|, dont les distances associées sont précisément d1d_1, d2d_2, d∞d_\infty.

4. Boules ouvertes et fermées

Soit (E,d)(E,d) un espace métrique, a∈Ea \in E et r>0r > 0.

Boule ouverte de centre aa et de rayon rr : B(a,r)={x∈E:d(a,x)<r}B(a,r) = \{x \in E : d(a,x) < r\}.

Boule fermée de centre aa et de rayon rr : B‾(a,r)={x∈E:d(a,x)≤r}\overline{B}(a,r) = \{x \in E : d(a,x) \leq r\}.

Sphère de centre aa et de rayon rr : S(a,r)={x∈E:d(a,x)=r}S(a,r) = \{x \in E : d(a,x) = r\}.

Exemple : dans (R2,d∞)(\mathbb{R}^2, d_\infty), la boule ouverte B(0,1)B(0,1) est un carré ouvert de côté 22 (sans son bord), centré en l'origine, à côtés parallèles aux axes — car d∞(0,x)<1  ⟺  max⁡(∣x1∣,∣x2∣)<1  ⟺  ∣x1∣<1 et ∣x2∣<1d_\infty(0,x) < 1 \iff \max(|x_1|,|x_2|) < 1 \iff |x_1|<1 \text{ et } |x_2|<1. Dans (R2,d1)(\mathbb{R}^2,d_1), B(0,1)B(0,1) est un carré "tourné à 45°" (un losange) de sommets (±1,0)(\pm 1,0) et (0,±1)(0,\pm 1). Dans (R2,d2)(\mathbb{R}^2,d_2), c'est le disque ouvert usuel.

Dans l'espace discret, pour 0<r≤10 < r \leq 1, B(a,r)={a}B(a,r) = \{a\} : toute boule de rayon assez petit est réduite à son centre.

5. Distance d'un point à une partie

Soit A⊂EA \subset E une partie non vide et x∈Ex \in E. On définit la distance de xx à AA par

d(x,A)=inf⁡a∈Ad(x,a)d(x,A) = \inf_{a \in A} d(x,a)

Cette borne inférieure existe toujours dans R+\mathbb{R}_+ car l'ensemble {d(x,a):a∈A}\{d(x,a) : a \in A\} est non vide et minoré par 00.

Propriété : d(x,A)=0d(x,A) = 0 si et seulement si pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe a∈Aa \in A tel que d(x,a)<εd(x,a) < \varepsilon — c'est-à-dire xx est "infiniment proche" de AA sans nécessairement appartenir à AA. (Ce critère sera relié à l'adhérence de AA dans la leçon suivante.)

Exemple résolu : dans (R,∣⋅∣)(\mathbb{R}, |\cdot|), soit A= ]0,1[A = \,]0,1[ et x=1x=1. Alors d(1,A)=inf⁡a∈]0,1[∣1−a∣=inf⁡a∈]0,1[(1−a)=0d(1,A) = \inf_{a \in ]0,1[} |1-a| = \inf_{a\in]0,1[} (1-a) = 0, atteint à la limite quand a→1−a \to 1^- mais jamais réalisé puisque 1∉A1 \notin A. On a bien d(1,A)=0d(1,A)=0 bien que 1∉A1 \notin A.

6. Distance entre deux parties, diamètre, parties bornées

Distance entre deux parties A,B⊂EA, B \subset E non vides : d(A,B)=inf⁡a∈A,b∈Bd(a,b)d(A,B) = \inf_{a\in A, b \in B} d(a,b). Attention, d(A,B)=0d(A,B)=0 n'implique pas A∩B≠∅A \cap B \neq \emptyset (par exemple A= ]0,1[A=\,]0,1[ et B= ]1,2[B=\,]1,2[ dans R\mathbb{R} : d(A,B)=0d(A,B)=0 mais A∩B=∅A \cap B = \emptyset).

Diamètre d'une partie : diam⁡(A)=sup⁡x,y∈Ad(x,y)∈R+∪{+∞}\operatorname{diam}(A) = \sup_{x,y \in A} d(x,y) \in \mathbb{R}_+ \cup \{+\infty\}.

Partie bornée : A⊂EA \subset E est bornée si diam⁡(A)<+∞\operatorname{diam}(A) < +\infty, ce qui équivaut à : il existe a∈Ea \in E et R>0R>0 tels que A⊂B‾(a,R)A \subset \overline{B}(a,R).

Preuve de l'équivalence : si A⊂B‾(a,R)A \subset \overline{B}(a,R), alors pour x,y∈Ax,y \in A, d(x,y)≤d(x,a)+d(a,y)≤2Rd(x,y) \leq d(x,a)+d(a,y) \leq 2R par inégalité triangulaire, donc diam⁡(A)≤2R<+∞\operatorname{diam}(A) \leq 2R < +\infty. Réciproquement, si diam⁡(A)=D<+∞\operatorname{diam}(A) = D < +\infty et a∈Aa \in A fixé (si A≠∅A\neq\emptyset), alors pour tout x∈Ax \in A, d(a,x)≤Dd(a,x) \leq D, donc A⊂B‾(a,D)A \subset \overline{B}(a,D).

7. Exemple résolu de synthèse

Énoncé : Montrer que dans (R2,d2)(\mathbb{R}^2, d_2), le disque ouvert A=B(0,1)A = B(0,1) est borné et calculer diam⁡(A)\operatorname{diam}(A).

Résolution : Pour tous x,y∈Ax,y \in A, d2(x,y)≤d2(x,0)+d2(0,y)<1+1=2d_2(x,y) \leq d_2(x,0) + d_2(0,y) < 1+1 = 2 par inégalité triangulaire, donc diam⁡(A)≤2\operatorname{diam}(A) \leq 2 et AA est bornée (incluse dans B‾(0,1)\overline{B}(0,1)). Montrons que diam⁡(A)=2\operatorname{diam}(A) = 2 exactement : pour ε∈ ]0,1[\varepsilon \in \,]0,1[, prenons xε=(1−ε,0)x_\varepsilon = (1-\varepsilon, 0) et yε=(−(1−ε),0)y_\varepsilon = (-(1-\varepsilon), 0), qui appartiennent bien à AA (leur norme est 1−ε<11-\varepsilon<1). On a d2(xε,yε)=2(1−ε)→2d_2(x_\varepsilon,y_\varepsilon) = 2(1-\varepsilon) \to 2 quand ε→0\varepsilon \to 0. Donc sup⁡x,y∈Ad2(x,y)≥2(1−ε)\sup_{x,y\in A} d_2(x,y) \geq 2(1-\varepsilon) pour tout ε>0\varepsilon>0, d'où diam⁡(A)≥2\operatorname{diam}(A) \geq 2. Conclusion : diam⁡(A)=2\operatorname{diam}(A) = 2 (ce supremum n'est pas atteint par deux points de AA, mais c'est bien la valeur du diamètre).

Exercices

Parmi les conditions suivantes, laquelle n'est PAS un axiome de distance ?

Calculer d1((0,0),(3,4))d_1((0,0),(3,4)), d2((0,0),(3,4))d_2((0,0),(3,4)) et d∞((0,0),(3,4))d_\infty((0,0),(3,4)) dans R2\mathbb{R}^2.

Vrai ou faux : la distance discrète sur un ensemble EE à au moins deux éléments est associée à une norme.

Dans (R2,d∞)(\mathbb{R}^2,d_\infty), quelle est la forme géométrique de la boule ouverte B((0,0),1)B((0,0),1) ?

Soit A={1,2,3}⊂RA=\{1,2,3\}\subset\mathbb{R}. Calculer diam⁡(A)\operatorname{diam}(A) pour la distance usuelle.

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