Licence 2Analyse

Ouverts, fermés et voisinages

55 min15 exercicesSéquence 2.2Licence 2

Vidéo disponible dans la version Premium

Durée : 55 min

Ouverts, fermés et voisinages

1. Parties ouvertes

Soit (E,d)(E,d) un espace métrique. Une partie UEU \subset E est ouverte (ou un ouvert) si pour tout xUx \in U, il existe r>0r>0 tel que B(x,r)UB(x,r) \subset U. Intuitivement, autour de chaque point de UU, il y a encore un peu de marge dans UU.

Exemples : toute boule ouverte B(a,ρ)B(a,\rho) est un ouvert (si xB(a,ρ)x\in B(a,\rho), poser r=ρd(a,x)>0r=\rho-d(a,x)>0 ; pour yB(x,r)y\in B(x,r), d(a,y)d(a,x)+d(x,y)<d(a,x)+r=ρd(a,y)\leq d(a,x)+d(x,y) < d(a,x)+r=\rho, donc yB(a,ρ)y\in B(a,\rho)). L'ensemble vide \emptyset et EE tout entier sont toujours ouverts.

Propriétés fondamentales :
1. Une réunion quelconque d'ouverts est un ouvert.
2. Une intersection finie d'ouverts est un ouvert.

Preuve de 1 : soit (Ui)iI(U_i)_{i\in I} une famille d'ouverts, U=iUiU=\bigcup_i U_i, et xUx\in U. Alors xUi0x\in U_{i_0} pour un certain i0i_0, donc il existe r>0r>0 avec B(x,r)Ui0UB(x,r)\subset U_{i_0} \subset U.

Preuve de 2 : soient U1,,UnU_1,\ldots,U_n ouverts, U=k=1nUkU=\bigcap_{k=1}^n U_k, et xUx\in U. Pour chaque kk, il existe rk>0r_k>0 avec B(x,rk)UkB(x,r_k)\subset U_k. Posons r=min(r1,,rn)>0r=\min(r_1,\ldots,r_n)>0 (minimum d'un nombre fini de réels strictement positifs). Alors B(x,r)B(x,rk)UkB(x,r)\subset B(x,r_k)\subset U_k pour tout kk, donc B(x,r)UB(x,r)\subset U.

Attention : une intersection infinie d'ouverts n'est pas forcément ouverte. Exemple : n1]1/n,1/n[={0}\bigcap_{n\geq1}\,]-1/n,1/n[ = \{0\} dans R\mathbb{R}, qui n'est pas ouvert.

2. Parties fermées

Une partie FEF \subset E est fermée si son complémentaire EFE\setminus F est ouvert.

Exemples : toute boule fermée B(a,ρ)\overline{B}(a,\rho) est fermée. Un singleton {a}\{a\} est fermé. \emptyset et EE sont fermés (et ouverts).

Propriétés (duales des ouverts, par passage au complémentaire) :
1. Une intersection quelconque de fermés est fermée.
2. Une réunion finie de fermés est fermée.

Attention : une partie peut n'être ni ouverte ni fermée (ex : [0,1[[0,1[ dans R\mathbb{R}), ou être à la fois ouverte et fermée (ex : EE tout entier, ou \emptyset, ou dans l'espace discret, toute partie est à la fois ouverte et fermée).

Caractérisation séquentielle des fermés : FF est fermée si et seulement si pour toute suite (xn)(x_n) d'éléments de FF qui converge dans EE vers une limite \ell, on a F\ell \in F (autrement dit, FF est "stable par passage à la limite").

3. Intérieur et adhérence

Soit AEA \subset E une partie quelconque.

Intérieur de AA : A˚\mathring{A} (ou int(A)\operatorname{int}(A)) est le plus grand ouvert contenu dans AA : A˚={xA:r>0,B(x,r)A}\mathring{A} = \{x \in A : \exists r>0, B(x,r)\subset A\}. C'est la réunion de tous les ouverts inclus dans AA.

Adhérence de AA : A\overline{A} est le plus petit fermé contenant AA : A={xE:r>0,B(x,r)A}\overline{A} = \{x\in E : \forall r>0, B(x,r)\cap A \neq \emptyset\}. C'est l'intersection de tous les fermés contenant AA.

Lien avec la distance : xA    d(x,A)=0x \in \overline{A} \iff d(x,A)=0. (C'est la propriété annoncée à la fin de la leçon précédente.)

Caractérisation séquentielle : xAx \in \overline{A} si et seulement s'il existe une suite (an)(a_n) d'éléments de AA telle que anxa_n \to x.

Relation de dualité : EA=int(EA)E \setminus \overline{A} = \operatorname{int}(E\setminus A) et EA˚=EAE\setminus\mathring{A} = \overline{E\setminus A}.

Exemple : dans R\mathbb{R}, pour A=]0,1[A=\,]0,1[, on a A˚=]0,1[\mathring{A}=\,]0,1[ (déjà ouvert) et A=[0,1]\overline{A}=[0,1]. Pour A=QA=\mathbb{Q}, A˚=\mathring{A}=\emptyset (aucun intervalle ouvert n'est inclus dans Q\mathbb{Q}) et A=R\overline{A}=\mathbb{R} (densité de Q\mathbb{Q} dans R\mathbb{R}).

Frontière : A=AA˚\partial A = \overline{A}\setminus\mathring{A}. C'est l'ensemble des points "au bord" de AA. Pour A=]0,1[A=\,]0,1[, A={0,1}\partial A=\{0,1\}.

4. Voisinages

Une partie VEV\subset E est un voisinage du point xx si VV contient un ouvert contenant xx — de façon équivalente, s'il existe r>0r>0 tel que B(x,r)VB(x,r)\subset V.

Remarque : un ouvert UU est voisinage de chacun de ses points (c'est même la définition d'un ouvert reformulée). Un voisinage n'a pas besoin d'être ouvert lui-même : par exemple [1,1][-1,1] est un voisinage de 00 dans R\mathbb{R} (il contient B(0,1)=]1,1[B(0,1)=\,]-1,1[) bien qu'il ne soit pas ouvert.

Caractérisation de l'adhérence via les voisinages : xAx\in\overline{A} si et seulement si tout voisinage de xx rencontre AA.

5. Exemple résolu de synthèse

Énoncé : Dans R\mathbb{R}, déterminer A˚\mathring{A}, A\overline{A} et A\partial A pour A=]0,1]{2}A = \,]0,1] \cup \{2\}.

Résolution : L'intérieur : tout point de ]0,1[]0,1[ admet une boule (un intervalle) incluse dans AA, donc ]0,1[A˚]0,1[\subset\mathring A. Le point 11 n'est pas intérieur : toute boule ]1r,1+r[]1-r,1+r[ contient des points >1>1 qui ne sont pas dans AA. Le point 22 n'est pas non plus intérieur (c'est un point isolé). Donc A˚=]0,1[\mathring{A}=\,]0,1[. L'adhérence : ]0,1]=[0,1]\overline{]0,1]} = [0,1] (il faut ajouter le point 00, limite de points de AA), et {2}\{2\} est déjà fermé. Donc A=[0,1]{2}\overline{A} = [0,1]\cup\{2\}. La frontière : A=AA˚={0,1,2}\partial A = \overline{A}\setminus\mathring{A} = \{0,1,2\}.

Exercices

Dans R\mathbb{R}, l'intervalle [0,1[[0,1[ est-il ouvert, fermé, ni l'un ni l'autre ?

Vrai ou faux : une réunion infinie d'ouverts est toujours un ouvert.

Vrai ou faux : une intersection infinie d'ouverts est toujours un ouvert.

Dans R\mathbb{R}, que vaut l'adhérence Q\overline{\mathbb{Q}} de l'ensemble des rationnels ?

Donner un exemple de partie de R\mathbb{R} qui est à la fois ouverte et fermée, autre que \emptyset et R\mathbb{R}, ou justifier qu'il n'en existe pas.

Suivez votre progression

Connectez-vous pour sauvegarder votre avancement et gagner des XP.

Se connecter